Trans Musicales 2017 : les chances de médailles

Si Béatrice Macé et Jean-Louis Brossard, les deux cerveaux des Trans Musicales depuis bientôt 40 ans, n’ont toujours pas réussi à rameuter “le meilleur DJ du monde” (cf. leur entretien dans Society), la 39e édition du festival rennais devrait encore nous réserver de bien belles surprises. Parmi les 90 groupes programmés du 6 au 10 décembre prochain, environ un tiers proviennent de l’Hexagone quand le reste de la programmation se décline sur près de 35 nationalités. Pas étonnant que les partenaires historiques se nomment FIP, Libération ou encore Canal B. À quelques jours du lancement des hostilités, et après des heures d’écoute attentive, nous avons sélectionné une poignée de groupes qui nous paraissent essentiels. Coup d’oeil sur nos dix grosses chances de médailles.

Trans Musicales 2017

– Alluri (jeudi, 20h45, Hall 3)

On connaissait l’indie pop façon Pitchfork, voici l’Indian Indie Music selon Alluri. Natif de Hyderabad, en Inde donc, Redd Alluri joue et chante une musique indienne fortement influencée par la musique indé britannique. S’il n’y a pour l’instant pas grand chose à se mettre sous la dent niveau discographique, le sublime “Evari Kosam” et son refrain à la Beirut suffit à nous mettre l’eau à la bouche.

–> À écouter : “Evari Kosam

– Altin Gün (vendredi, 22h55, Hall 3)

Quel est le point commun entre Jacco Gardner et Erkin Koray, star de l’Anadolu Rock depuis la sortie de la pièce maîtresse Elektronik Türküler en 1974 ? Réponse : Altin Gün. Formé en 2016 sur les bases du groupe de Jacco Gardner (Jasper Verhulst était bassiste du Hollandais), Altin Gün prend racine dans la musique psychédélique turque des années 60 et, donc, dans ce courant bien spécifique appelé Anadolu Rock (rock anatolien). Composé de musiciens bataves et de deux chanteurs turques (Merve et Erdinç), Altin Gün mixe les styles et les cultures comme l’atteste l’excellent “Goca Dünya”. Rythmiques orientales, costumes traditionnels, énergie communicative, Altin Gün est la promesse d’un dépaysement immédiat. Aller simple pour Istanbul vendredi soir, peu avant 23h.

–> À écouter : “Goca Dünya

– Gili Yalo (vendredi, 22h25, Hall 9)

S’il fallait un artiste pour résumer la programmation de radios comme FIP ou NovaGili Yalo pourrait aisément être ce point d’attache. Né sur les plaines arides d’Ethiopie il y a une grosse trentaine d’années, ce musicien touche à tout a rapidement fui la famine qui menaçait son pays pour trouver refuge en Israël, et plus précisément à Tel Aviv où il réside désormais. Solidement ancré dans le paysage musical de la ville, Gili Yalo donne naissance à une musique aux milles influences qui lorgne autant vers l’éthio-jazz de Mulatu Astatake que vers la soul de Gil Scott-Heron. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la pochette de son album éponyme sorti cette année est un clin d’oeil évident au Reflections du poète américain.

–> À écouter : “Selam

Pose ton Altin Gun

Pose ton Altin Gun

– Mitú (jeudi, 23h30, Greenroom)

On connaissait la Chicago house et la techno berlinoise, il faudra désormais compter sur la jungle colombienne. Enfin, jungle, le terme est réducteur tant l’éventail du duo électronique Mitú semble large. En tournée depuis le mois de février, Julián Salazar et Franklin Tejedor ont eu le temps de roder leur live dans tous les clubs de Bogota avant de se frotter à la froideur du Parc Expo rennais. Entre electronica soyeuse, drum and bass rugueuse et post-dubstep à la SBTRKT, Mitú ne devrait avoir aucun mal à réchauffer la tôle glacée de la Greenroom. Allez, une petite Boiler Room s’impose.

–> À voir : Mitú en Boiler Room

– Nakhane (mercredi / jeudi / vendredi / samedi / dimanche, 20h30, L’Aire Libre)

En lançant la compilation officielle, c’est bien la voix de Nakhane Mavuso que l’on découvre en premier. Le hasard fait bien les choses puisque c’est aussi ce morceau, “Fog”, qui nous a le plus marqué une fois l’écoute terminée. À 29 ans, ce Sud-Africain fan d’Ali Farka Touré et présenté un peu partout comme le “pionnier LGBT africain” aura la lourde tâche de représenter cette 39e édition des Rencontres Trans Musicales. Après Fishbach, Benjamin Clementine ou encore Stromae en son temps, Nakhane sera en résidence durant les cinq jours à l’Aire Libre. L’occasion idéale pour découvrir un peu mieux cet artiste multi-casquette (Nakhane est également acteur et écrivain) dont le deuxième opus devrait voir le jour peu après son passage à Rennes.

–> À écouter : Fog

– Sabrina & Samantha (vendredi, 00h45, Greenroom)

Quelque part entre le Musique de France d’Acid Arab et la Dabka d’Omar Souleyman, se trouve le binôme français Sabrina & Samantha. Derrière ce nom loufoque qui peut brièvement rappeler une pastille douteuse diffusée sur France 2 entre 2004 et 2007 se cachent Laurent Bardainne et Julien Briffaz, deux garçons dans le vent au CV long comme le bras. Si le premier n’est autre que l’un des fondateurs de Poni Hoax, le second peut se targuer d’avoir mis du crédit au terme peu reluisant de botox (comprenez ici Bot’Ox). Ensemble, ils ont donné naissance au terrible “Kheops”, ovni acido-transoriental qui réveillerait n’importe quel quidam en état de mort cérébrale.

–> À écouter : “Kheops

Nakhane, en résidence à L'Aire Libre

Nakhane, en résidence à L’Aire Libre

– Too Many T’s (vendredi, 3h30, Hall 8)

Si les rappeurs rennais de Columbine et ABD sont quasiment assurés de faire le plein dès jeudi soir dans le Hall 8 (on parle de millions de vues Youtube et d’une tournée sold out pour les premiers), les MC’s qui nous intéressent le plus nous viennent d’outre Manche, et plus précisément de Londres. Lancés dans le grand bain en mai 2013 avec l’EP The T.P., Leon Rhymes et Standaloft alias Too Many T’s trempent leur rap dans la folie furieuse des Beastie Boys et le grime de Dizzee Rascal. Si les intonations vocales rappellent instantanément leurs tontons new-yorkais, la verve avec laquelle les deux londoniens débitent leurs couplets fait écho à celle d’un autre binôme britannique : Sleaford Mods. Si leur premier album South City n’a pas encore eu beaucoup de résonance en France, on peut vous assurer qu’il y aura un avant et un après Too Many T’s dans le Hall 8 du Parc Expo.

–> À écouter : “God Save The T’s

– Tshegue (samedi, 2h10, Hall 8)

Rumba congolaise, afro punk, rythmes latinos, post punk, voici tous les styles accolés aux sept lettres de Tshegue. Et pourtant, derrière cette terminologie africanisée se cache une ville, voire même un quartier bien précis : Paris, Pigalle, ses sex-shops, ses néons déclinants et ses enseignes underground. C’est plus particulièrement dans un bar, L’Embuscade, que Faty et Dakou, les deux entités de Tshegue, ont donné naissance à ce projet dont l’énergie semble être le maître-mot. Comme ils l’expliquent au magazine Society, “c’est là que tout a commencé”. Là, entre les verres de rhum et les nuits passées à refaire le monde, Faty et Nico ont décidé de lancer un groupe basé sur le métissage culturel (“une sortie d’immense ‘mondo-mix’”) et le rythme. Ce sera Tshegue, en clin d’oeil au nom donné aux gamins qui errent dans les rues de Kinshasa. Des enfants terribles qu’il nous tarde de découvrir samedi soir.

–> À écouter : “Tshegue

Game of the week : Borusiade (samedi, 3h30, Greenroom) vs. Voiron (4h, Hall 9)

Amateurs de basses rondes et lourdes, c’est plutôt vers la Greenroom qu’il faudra vous tourner. Si le nom de Borusiade pourrait brièvement faire penser à un célèbre club de la Ruhr, c’est bien à Bucarest que la DJ Miruna Boruzescu a vu le jour. Adepte d’une techno sombre et puissante, que l’on pourrait qualifier de minimale, elle aura la lourde tâche de clôturer le festival dans la Greenroom. Pour ceux que ce type d’électronique fatiguent, on vous conseille fortement d’aller faire un tour dans le Hall 9 où se produira, en live, le Frenchie Voiron de 4 à 5h. Auteur du très bon Radôme EP en 2014, cet adorateur d’Aphex Twin et Dopplereffekt n’hésite pas à s’aventurer vers des contrées acid quand il ne triture pas la house de Fred P. et consorts. Certainement moins linéaire que la techno de sa comparse roumaine, la musique de Voiron pourrait bien provoquer quelques acouphènes dans l’assemblée.

–> À écouter : le podcast à Dekmlantel de Borusiade + “After Chez Oim” de Voiron (rien que pour le nom)

Par Morgan Henry

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