Trans Musicales 2017 : le récap ou pas cap

Alors que Noël 2017 s’achève et que l’heure est aux traditionnels bilans de fin d’année, nous vous proposons, avec un peu de retard certes, de revenir sur le mythique festival rennais. En terme de fréquentation, cette 39e édition des Rencontres Trans Musicales a une nouvelle fois tenu le pari d’attirer un maximum de curieux dans ses différentes enceintes, et plus particulièrement au Parc des Expositions qui affichait complet deux soirs sur trois. Au total, près de 62 000 personnes (un poil mieux qu’en 2016) se sont réunies devant les scènes rennaises qui mettaient cette année à l’honneur quelques 130 groupes pour environ 35 nationalités. Une diversité qui n’est pas pour déplaire à Jean-Louis Brossard qui continue de conquérir le monde année après année. Loin de la frénésie qu’avait provoqué la venue de Stromae en 2013, ces Trans 2017 se profilaient sans tête d’affiche apparente, mais avec un paquet d’espoirs en devenir. Si cette édition ne marquera peut-être pas les annales comme celle de 2011 ou d’autres avant-elle, on se souvient de quelques très beaux moments dans la capitale de la galette-saucisse. Récap. 

“Pierre, feuille, papier, ciseaux”

“Pierre, feuille, papier, ciseaux”

Le plus breton : Krismenn

Du local Krismenn, nous avions écouté au préalable quelques extraits du projet S’Habituer à l’obscurité. Adepte d’un rap sombre et technique entièrement délivré dans la langue des Frères Morvan, il nous tardait de découvrir le flow acéré du MC en live. Peu de surprises par rapport à la version studio, Krismenn rappe avec maestria et débite ses rimes imbittables (désolé pour la non compréhension du breton) qu’on imagine profondes et habitées. Aidé par ses musiciens, le Français – pardon, Breton – donne corps à un rap façonné par la old school et l’écurie Def Jux. Plus proche de la scène new-yorkaise que du clinquant de la Floride, Krismenn possède un petit quelque chose qui le rapproche (inévitablement ?) de Manau. La tribu en moins, le sérieux en plus. Intéressant.

Les plus énergiques : Tshegue

Avant même de voir Faty Sy et Dakou se produire samedi soir, on frissonnait d’impatience à l’idée de sentir nos corps vrombir sous les lourdes basses de l’EP Survivor du duo Tshegue. Impatience comblée quand arrive le combo franco-congolais formé dans les souterrains de la capitale française. Sur scène, la chanteuse Faty et ses nombreux comparses donnent vie à une musique qui doit autant à Ozzy Osbourne qu’à Papa Wemba (sic). Fortement influencé par la scène punk-rock des années 90, Tshegue fait parfaitement cohabiter les racines congolaises de sa chanteuse et la science du rythme de son percussionniste et guitariste Nicolas Dacunha. Charismatique, envoutante (ah, ce pantalon façon couverture de survie), communicative, Faty Sy ne devrait pas avoir trop de soucis à emmener son groupe sur la route des festivals en 2018. “Mamamamama said : take care of your soul !

Le plus frustrant : Modestamente

There is a ghost in my house”. Alors que cette phrase, prononcée tel un mantra par Tunde Adebimpe dans la chanson “Ghost”, résonne encore dans nos têtes, le concert de Modestamente nous laisse un goût d’inachevé. Comme le dirent Tunde (frontman de TV on the Radio) et David Sztanke (Tahiti Boy) sur scène jeudi soir, ce passage aux Trans Musicales de Rennes fut le premier concert du groupe. Et qui dit premier show, dit imperfections. Imperfections vocales, imperfections scénographiques mais aussi musicales puisque malgré le potentiel évident décelé dès le morceau d’intro, la presta du supergroupe nous paru bien brouillonne.

Le plus houblonné : le Hall 5

S’il y a un point sur lequel les Trans Musicales sont irréprochables, c’est bien sur son offre gastronomique. Depuis plusieurs années maintenant, le Hall 5 du Parc Expo se transforme, le temps d’un week-end, en salon de la gastronomie pour festivaliers. Pâtes, huitres, galettes, paella, chili, burgers, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets dans ce lieu qui propose également un vaste choix de vins (bio) et bières artisanales. Mention très spéciale pour le chili sin carne et la bière IPA qui nous a causé quelques maux de tête en fins de soirées.

Le plus perché : XXX

Chaude ambiance en ce premier jeudi de décembre dans la micro-salle de l’Ubu pour accueillir le jeune duo coréen XXX. Attirés par les lourdes basses qui résonnent depuis l’extérieur, on se laisse rapidement happer par le hip-hop mystique du gringalet à lunettes. Derrière ses platines, le DJ balance des beats rugueux qui peuvent parfois faire penser à un mélange entre Necro et Portishead version “Machine Gun”. Idem au micro puisque le MC reste cramponné à son pied telle une Beth Gibbons des grands soirs. Dans la foule, les nuques oscillent au rythme des instrus spartiates du binôme coréen. Jeu de scène limité mais expérience assurée. Un conseil : affinez vos recherches en tapant “XXX” dans les moteurs de recherche.

Les plus populaires : Columbine

À l’heure où le rap a remplacé le rock et que les artistes pop tentent d’exister au milieu des PNL, Jul et autres Damso, les gars de Columbine se posent en porte-étendard de cette nouvelle norme faite d’instrus planants et de clips contemplatifs. Fiers de leurs sept pages dans le supplément Society et du succès de leur tournée qui affiche sold-out un peu partout, le duo rennais se présente sur la scène du Hall 8 en terrain conquis. Conquis, le mot est faible puisque en arrivant après le début du concert, les premiers rangs sont inaccessibles. Rodés par les mois de tournée, Lujipeka et Foda C égrainent les titres déjà bien connus de leur opus Enfants Terribles que reprend en cœur le (très jeune) public du Parc Expo. Alors qu’on ne s’attendait à rien sauf à une blague, l’alchimie opère et on finit par se dandiner sur les comptines désabusées du binôme. Non seulement on kiffe, mais “Pierre, Feuille, Papier, Ciseaux” ne nous lâchera pas du week-end.

Le plus prometteur : Fabulous Sheep

Des groupes de garage français qui jouent fort et torse nu, on pensait en avoir vu mille. Surtout en ouverture de festival, à une heure où les gens pensent davantage à sortir des embouteillages qu’à se rendre à un concert. Erreur. Venus de Béziers, les cinq sauvageons de Fabulous Sheep viennent remettre un peu de crédit à une ville moins connue pour ses qualités musicales que pour ses frasques extrémistes. Très au point techniquement (enfin un groupe où l’on entend la voix et la musique), ces jeunes gens biberonnés au rock anglais se révèlent après quelques titres comme des performeurs hors-pair le temps de trois petits quarts d’heure expédiés comme une lettre à La Poste. Moutonniers, jamais. Fabuleux, pas loin. Talentueux, sur tous les points ! Fabulous Sheep est LA vraie bonne surprise rock du festival.

Le plus W.T.F. ? : Kiddy Smile

Prenez Magloire du Morning Live, faites-lui écouter des compils de Boy George toute la journée en lui diffusant des spectacles de Jango Edwards et vous obtiendrez quelque chose qui ressemble de près ou de loin à Kiddy Smile. Petit prince de la scène voguing parisienne, ce colosse de deux mètres adepte d’écharpes à paillettes et de tenues colorées propose un set où le visuel a presque plus d’importance que la musique. Clairement orientée house et clubbing (voire mode pour le côté défilé), la performance de Kiddy Smile possède aussi quelque chose de terriblement hip-hop. Sorte d’OVNI mêlant Africa Bambaataa (pour la ressemblance physique), Mykki Blanco et Jef Barbara, Pierre Hache de son vrai nom peut se targuer de nous avoir fait passer le moment le plus improbable du week-end. On ne sait pas vraiment ce qu’on foutait là, mais on s’en est donné à cœur joie. À méditer, mais surtout à revoir.

Merci les Trans, et à l’année prochaine !

trans musicales 2017

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