Trans 2018 : Quoi de beau pour les 40 ans ?

Chaque année le même rituel. Avant de penser cadeaux de Noël, bûche et sapin, avant de sabrer le champagne et d’allumer les guirlandes, il y a un événement dont on ne peut presque plus se passer. Le temps d’une soirée ou d’un long week-end, Rennes et ses alentours célèbrent les incontournables Trans Musicales créées par Jean-Louis Brossard il y a quarante ans. Car oui, voilà désormais quatre décennies que chaque mois de décembre, des dizaines de groupes venus du monde entier déferlent sur la capitale bretonne durant une semaine. À chacun son style, à chacun sa patte. Et comme toujours, il nous faut plusieurs jours voire semaines d’écoute préalable pour noter, surligner, raturer pour mieux planifier nos Trans Musicales. Car pour ceux qui ne le savent pas encore, les Trans sont un vivier de talents, une pépinière de jeunes artistes peu ou pas connus qui ne demandent qu’à le devenir. En voici quelques uns, passés par les oreilles attentives de Buggin, qui pourraient nous réserver de très jolies surprises en cette fin de semaine.

trans musicales renensFleuves (France) – samedi 8 décembre, L’Étage

Commençons en douceur avec ce trio clarinette/piano/basse qui, bien que venu de Bretagne, nous plonge dès les premières secondes dans une ambiance envoutante où la musique klezmer s’allie à un jazz enchanteur. On pense parfois au clarinettiste de génie Yom, parfois au trompettiste américain Don Cherry, le tout saupoudré d’une bonne dose de musique celtique. Mais gare aux amalgames ! Fleuves est un groupe breton, sa musique le prouve, mais pas question de danser en coiffe le petit doigt levé. On reste plus proche du jazz manouche que des horripilantes ritournelles de fest-noz. A vérifier sur scène, donc.

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Ben Lamar Gay (Etats-Unis) – samedi 8 décembre, Hall 8

Changement de registre avec l’Américain Ben Lamar Gay qui, sous ses faux airs de Madlib, compose une musique assez proche du hip-hop et du spoken word. Or qui dit spoken word, dit forcément Gil Scott Heron, l’un des maîtres en la matière. Plus jazz que soul, sa musique porte en elle le poids d’un héritage culturel et politique immense allant de Miles Davis à Sun Ra en passant par The Last Poets et, donc, Gil Scott Heron. Au carrefour du jazz, du hip-hop et de l’électro, Ben Lamar Gay trace un sillon incroyablement riche qui peut faire penser aux producteurs J Dilla et Madlib (notamment sous son alias Quasimoto). On a connu pires comparaisons.

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Initials Bouvier Bernois (France) – samedi 8 décembre, L’Étage

Promis, on évitera de les formules hasardeuses du type “un groupe qui a du chien” ou “un combo qui ne manque pas de mordant”. Toutefois, on n’en attend pas moins de cette formation rennaise promise à un bel avenir. Leur musique transpire le swing et navigue habillement entre jazz traditionnel et bossa nova. Toujours très lumineuses, jamais ringardes malgré une patine et un côté parfois vintage, leurs chansons riches en influences traduisent (on l’imagine) une grosse culture musicale allant des standards jazz à une pop française colorée telle L’Affaire Louis Trio ou les Négresses Vertes.

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Bodega (Etats-Unis) – samedi 8 décembre, Hall 3

L’âme rock de New-York en 2018, c’est Bodega”, affirme le fascicule officiel des Trans Musicales. En attendant de vérifier cela samedi soir à une heure qui se prête aux pogos (23h05/00h05), on se passe en boucle la douzaine de titres disponibles sur le Bandcamp de ce band de Brooklyn. On pense de suite aux derniers travaux de Parquet Courts mais aussi aux Anglais de Sleaford Mods pour la diction mi-chantée, mi-scandée. Chez Bodega, le phrasé est direct, percutant et renvoie à tout un pan du post-punk britannique des années 70 à la Gang of Four, Devo et Wire. L’occasion de réviser nos classiques en attendant, peut-être, de découvrir les Parquet Courts de demain.

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PressYes (Autriche) – vendredi 7 décembre, Hall 3

Dans un style nettement plus pop, on a également bloqué sur l’Autrichien PressYes. Derrière sa dégaine de surfeur australien se cache un multi-instrumentiste plutôt très talentueux qui tient, avec son premier album On The Run sorti cette année, une poignée de tubes en puissance. Les influences pop psyché sont nombreuses, à commencer par Tame Impala, Temples et Django Django. Et soyons fous, un petit quelque chose à la Altin Gün dans son excellent single “On The Run”. PressYes sera sur scène dès 21h15 vendredi soir, argument idéal pour écourter l’apéro. Allez, on n’est pas loin d’en faire notre chouchou.

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Robert Finley (Etats-Unis), jeudi 6 décembre, Hall 3

Son parcours n’est pas sans rappeler celui d’un certain Charles Bradley. Or si la musique de cet Américain de 63 ans a plus à voir avec le blues qu’avec la soul du regretté Bradley, l’émotion reste la même à l’écoute des titres de cet ex-menuisier reconverti en bluesman de rue. Des années de galère (Robert Finley a perdu la vue après avoir développé un glaucome) avant de finalement trouver le chemin des studios, bien aidé par Dan Auerbach des Black Keys qui a produit son dernier opus, fasciné par la voix et l’héritage culturel de ce grand monsieur de Louisiane.

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The Psychotic Monks (France) – samedi 8 décembre, Hall 3

Par chance, l’Association Trans Musicales a pour habitude de distribuer gratuitement des bouchons d’oreilles à l’entrée du Parc. De bonne augure avant d’assister au live possiblement endiablé du quatuor The Psychotic Monks, un jeune groupe dont le nom commence à se répandre dans l’hexagone. Situé quelque part entre Queens of the Stone Age, Black Rebel Motorcycle Club et la face la plus sombre de Ty Segall (Fuzz ou GOGGS, donc), ces “moines” ne devraient avoir aucun mal à faire trembler la tôle du Hall 3 avec leur rock d’une violence extrême. On aime la puissance de leurs compositions mais aussi la grâce qu’ils sont capables de déployer, notamment dans un morceau comme “Sink” long de onze minutes.

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Cyril Cyril (Suisse) – vendredi 7 décembre, Ubu

Prenez deux genevois s’appelant Cyril, ajoutez leur savoir-faire, un sens du rythme indéniable et quelques paroles chamaniques et vous obtiendrez l’une des sensations des Trans 2018. Une fois encore, le label Born Bad a eu le nez fin en misant sur ces deux chevaux qui viennent de publier un disque sur lequel se mêlent blues touareg, folk et pop expérimentale. S’il est quasiment impossible de réduire Cyril Cyril a un seul et même style, on est prêt à parier que leur prestation frôlera la transe sur la scène de l’Ubu. Une seule écoute de l’album Certaine Ruines suffit à nous emmener loin, très loin. Faites le test, vous serez surpris.

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Par Morgan Henry

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