Route du Rock 2018 : Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Rendez-vous incontournable du mois d’août en Bretagne nord, la Route du Rock est passée reine dans l’art de mixer têtes d’affiche et talents en devenir. Cela sans jamais perdre de vue son leitmotiv qui est de défendre le rock indépendant coûte que coûte. Après une édition 2017 couronnée de succès (on n’avait encore jamais vu autant de monde un vendredi soir dans le Fort), le festival malouin a misé sur des pointures hexagonales pour réitérer l’exploit (Daho, Gainsbourg, Phoenix). Or si l’on a hâte de revoir Etienne Daho fouler les scènes, nos attentes se situent davantage sur des formations anglophones dont certaines se font rares par chez nous. Coup d’oeil sur les principales attentes de Buggin.

la route du rock 2018

  • Grizzly Bear (vendredi, scène du Fort / 20h45 – 21h45)

Quand les New Yorkais de Grizzly Bear monteront sur la scène du Fort vendredi, cela fera très exactement un an que leur album Painted Ruins a vu le jour. Si la majorité du live devrait être axé autour de ce dernier opus, on compte sur Daniel Rossen et sa bande pour nous jouer quelques titres de leurs chefs-d’oeuvre de 2009 et 2012 (Veckatimest et Shields), “Yet Again” en tête. Adeptes d’une pop soyeuse et contemplative, les Américains devraient logiquement nous subjuguer avec leurs arrangements cuivrés et l’harmonie des deux voix. Souvent réclamés, rarement programmés, Grizzly Bear fera ce week-end son retour à Saint-Malo neuf ans après. On attend beaucoup de l’un des groupes pop les plus classes des quinze dernières années.

  • Shame (vendredi, scène des Remparts / 21h50 – 22h35)

Pour les avoir vus il y a un an et demi (à Saint-Malo déjà) alors qu’aucun disque n’était officiellement sorti, on peut vous assurer que les cinq gamins du sud de Londres valent le coup d’oeil. Mieux, on ira même jusqu’à parier que leur live sera le plus dingue de cette édition 2018. Défenseur d’un punk rugueux dans la lignée de The Fat White Family, Shame est un groupe fait pour jouer fort, vite et avec le corps trempé par la bière et la sueur. Leur premier album paru en janvier est un modèle du genre, pur concerté de punk abrasif à écouter en boucle dans un pub du South London. Si certains craignent de piquer du nez devant Grizzly Bear, le réveil risque d’être brutal. Conseil d’ami : faites en sorte de terminer votre pinte avant le premier coup de pédale.

  • The Brian Jonestown Massacre (vendredi, scène du Fort / 1h05 – 2h05)

S’il est un groupe compliqué à suivre au sein de la sphère indé, c’est bien le Brian Jonestown Massacre. Actif depuis le début des années 90, les Californiens sortent, depuis, quasiment un disque par an avec quelques pointes comme en 96 (Take It From the Man !, Their Satanic Majesties’ Second Request, Thank God for Mental Illness) et 2015 (Musique de Film Imaginé, Mini Album Thingy Wingy). Sans parler des interminables remaniements des membres qui vont et viennent selon l’humeur et l’envie du leader Anton Newcombe. Personnage ô combien charismatique, célèbre aussi bien pour son génie créatif que pour ses frasques extra-musicales (accro à l’héroïne, puis à l’alcool, provocations diverses et variées), le BJM ne serait sans doute rien sans cette figure emblématique du rock psyché. Sur scène, on ne sait guère à quoi s’attendre tant l’homme derrière le groupe peut se révéler imprévisible. Something Else, le nouveau projet du Brian, a vu le jour en mai. Vivement vendredi pour voir de quoi il en retourne.

  • Ariel Pink (samedi, scène des Remparts / 22h30 – 23h30)

Déjà vu à deux reprises lors de la tournée Pom Pom, le génial Ariel Pink, perché sur ses habituels talons de 12cm, vient cette fois présenter Dedicated to Bobby Jameson. Le grand regret du samedi soir est l’annulation surprise de John Maus, ami de longue date du bon Rosenberg, qui nous aurait sans doute valu un partage de scène mythique. Pas grave, cette heure de pop psyché s’annonce sous les meilleurs auspices tant le dernier album d’Ariel nous a plu. Depuis ses collaborations sous l’alias Ariel Pink’s Haunted Graffiti, le chanteur et multi-instrumentiste est devenu un orfèvre des mélodies pop et des refrains accrocheurs. Preuve en est “Another Weekend” qui nous a trotté dans la tête tout l’hiver. Si l’Américain est dans un bon jour, comme à la Route 2015, le concert promet d’être dantesque. Nous y serons bien à l’avance !

  • Protomartyr (dimanche, scène du Fort / 19h15 – 20h15)

S’il y a un groupe qui pourrait bien marquer nos esprits en fin de week-end, c’est bien Protomartyr. Formé dans la ville qui a vu naître Motown, J Dilla ou encore tout un pan de la musique électronique (comprenez Détroit), le quatuor ne fait ni dans le rap, ni dans la techno mais plutôt dans le post-punk. Musclée, racée, la musique des Américains l’est assurément. Et si parmi leurs influences reviennent souvent les noms de Wire, The Fall ou Pere Ubu, on ne manquera pas de les rapprocher également de groupes actuels comme Preoccupations, Toy et Metz. Car derrière ces riffs de guitare toujours bien sentis se cachent des textes aux allures de brûlots où toute l’Amérique pro-Trump en prend pour son grade. Voici peut-être LA bonne raison d’écourter votre apéro-tente dimanche soir.

  • The Lemon Twigs (dimanche, scène des Remparts / 23h55 – 00h55)

Leur unique album sorti à ce jour est un clin d’oeil évident aux Beatles et aux Beach Boys. Même science du refrain, mêmes mélodies d’apparence simplistes, mêmes voix 60’s. Ce qui change ? En 2018, Brian et Michael D’Addario ont respectivement 21 et 19 ans (sic). Si leur musique ne semble jamais datée ou rance, c’est aussi parce qu’on y trouve une grosse influence pop psyché à la Foxygen et MGMT. Bonne nouvelle, en plus des dix titres de Do Hollywood, The Lemon Twigs viendra présenter quelques sons issus de leur album concept Go to School à paraître en cette fin d’été. Programmés à une heure étonnamment tardive compte tenu de la légèreté de leurs compositions, les frangins auront la lourde tâche de mettre tout le monde à terre en fin de festival. Et nous de voir si l’engouement médiatique qui règne autour d’eux depuis deux ans est réellement justifié.

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