Rewire s’effeuille à la Haye

La saison des festivals a repris. En tant qu’addictif des réseaux sociaux, il arrive qu’une programmation vous fasse de l’œil. Et c’est grâce à ce foutu Facebook que j’ai découvert le Rewire situé à La Haye (Den Haag pour les Néerlandophones). Notre curiosité nous a branché sur ce festival qui, pendant trois jours, a attiré une multitude d’artistes étiquetés rock, expérimental, avant-garde et électronique. Ah ! Je vous vois déjà pester contre l’omniprésence du radicaliste hipster. Détrompe-toi gamin, le public hollandais est très ouvert. On t’emmène faire un tour dans ce qui pourrait être inoubliable.

Visionist at Paard II

Visionist at Paard II

Un peu d’histoire pour commencer

La Haye, ville où siège le gouvernement des Pays-Bas, n’en est pas la capitale. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’ami Wiki. Ville très propre, assez bobo, avec plein de bars, restos et autres expos branchés. Elle a le mérite d’avoir un des meilleurs festivals d’Europe en ce qui concerne la musique alternative. Des conférences l’après-midi, des concerts le soir jusque tard dans la nuit. Le tout réparti dans différents lieux concentrés dans le centre-ville. L’accessibilité entre les différentes salles prime. Moins de dix minutes pour aller depuis les deux endroits les plus éloignés (si l’on excepte la Zaal 3). Depuis 2011, année de sa création, Rewire a vu passer les artistes les plus en vogue de chaque saison. Chaque année, la programmation inclue son lot de talents locaux qui ont tôt ou tard percés sur la scène internationale. En somme, ce festival est réputé pour son originalité et ses découvertes. Pour preuve, le vendredi se côtoyaient JASSS, Ben Vince, Kaitlyn Aurelia Smith ou encore Fatima Al Qadiri. Rien que ça !

Le roi James Holden

Habitué des lieux, chouchou des organisateurs – c’est la troisième fois qu’il s’y produit -, James Holden vient présenter sa dernière création, The Animal Spirits. Il est accompagné de ses compagnons de cordée les plus fidèles, dont notre Titi Jaumet national qui a toujours un sourire communicatif. Dieu de la création sonore, la rencontre entre l’électronica aux mélodies planantes et le style afro sub-saharien envahit de bonheur le Paard. Les visages du public sont ébahis devant tant de virtuosité. Dommage que cela n’a duré qu’une heure, j’aurai volontiers repris une part de gâteau.

Epilepsie incontrôlable

Dans la seconde salle du Paard se sont succédées deux pointures prometteuses de la musique expérimentale et futuriste. En premier lieu : Visionist. Associé à Pedro Maia aux visuels, Louis Carnell déroule ses compositions riches en protéines. Une ambiance mi-lyrique, mi-raveuse. Le voyage qui s’était entamé sur de longues chevauchées organiques uniformes s’est terminé en jubilation de basses fréquences. Tremblement important sur l’échelle de Richter.

Le moment tant attendu par le reporter que je suis arrive à point nommé. Lanark Artefax, où la nouvelle sensation aux larges horizons. Il appuie son style très métallique par des influences multiples. Puisant dans la jungle, la bass-music et la drone-music, sa performance est magnifiquement couplée avec une installation stroboscopique 3.0. avec écran. Tout y est passé, et son “Touch Absence” a pris une dimension monstrueuse en live.

Arto Lindsay & Zs at Paard II

Arto Lindsay & Zs at Paard II

Intimité populaire

The Grey Space, centre d’arts numériques, accueillait quelques représentations en début de soirée. C’est ici que nous avons pu voir les dernières minutes du très pointu Kepla. Anglais sympathique, il nous a permis d’entrer en douceur dans l’atmosphère ambient du festival. Et puis ce n’est pas tous les soirs qu’un artiste explique le fonctionnement de son setup aux cinq curieux restés après ses notes finales.

Peu de temps après, la jeune hollandaise Nadia Struiwigh s’est adjugée la Palme d’or de la fougue. Face à un parterre d’instruments analogiques, elle a extrait un savant mélange d’IDM et techno breakée. Une expérience quasi privilégiée car cette scène était aménagée dans le sous-sol du Greay Space. Dans le hall, on pouvait déjà sentir le grondement infernal des basses. Dans l’arène qui pouvait contenir une petite centaine de personnes maximum, on était déjà dans un autre monde.

Les reines de la night assurent…

Les deux actrices majeures de la soirée club était russe et américaine. Nina Kraviz est venue se défouler pour la première partie de son set. On ne la présente plus. Celle qui est cataloguée techno et qui aime les nappes acidulées a démontré une facette plus inattendue en seconde partie de set, plus minimaliste. Peut-être pour passer le témoin de la meilleure des manières à Avalon Emerson. Plus subtile, plus funky que Nina, Avalon ne manque pas de flèches à son arc pour tenir les danseurs en grande forme jusqu’à la fin de la nuit. Efficaces, pas sensationnelles pour autant.

…avant que les déglingos se déchainent

Arto Lindsay formait un duo (ou plutôt quator) avec les Américains de Zs. Si l’on se penche sur le style de Lindsay, on retrouve énormément d’influences brésiliennes plus ou moins tordues. Dans un genre parallèle, The Zs sortent plutôt dominateurs en free jazz et rock progressif. Lorsque les deux s’unissent, un énorme et magnifique bordel atomise tout le monde. Une rencontre percutante entre deux guitares, une batterie et un saxo.

Pour le penchant électronique, Panda Bear n’est pas non plus le dernier de la classe en bricolage sonore. Noah Lennox utilise beaucoup sa voix atypique, ça, on le savait. Mais là où il nous a plutôt surpris, c’est dans sa manière de sortir une drum’n’bass spatiale et délirante… tout en continuant perpétuellement de chanter. À ce moment, les souvenirs alcoolisés de la rue Rubens ont pointé le bout de leur nez. Animal Collective, quand tu nous tiens !

Par Thibaut Bazylak

Crédits photos : Juri Hiensch et Parcifal Werkman

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