Rencontre avec Charlotte De Witte : Belgique attitude

Lors des Rencontres Trans Musicales de Rennes qui ont eu lieu début décembre, nous avons eu la chance de rencontrer Charlotte de Witte. Cette jeune artiste a l’habitude de se produire dans les festivals branchés de Belgique comme Tomorrowland, Dour, I Love Techno ou Les Ardentes. Depuis quelques mois, elle démontre l’étendue de ses talents de productrice. Résidente sur Studio Brussel et au Fuse, son passage dans la cité rennaise a été l’occasion d’échanger quelques mots avec cette pétillante belge !

charlotte de witte trans musicales– Bonjour Charlotte ! Peux-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs de Buggin ?

Je viens de Gand en Belgique, j’ai 23 ans et j’ai commencé à mixer il y a cinq ou six ans environ. Je vivais dans une petite commune de l’agglomération de Gand. À partir du moment où j’ai déménagé dans cette ville, je me suis intéressée à sa vie nocturne et plus particulièrement à ces clubs passant de la (bonne) musique électronique. J’étais une passionnée de musique et j’ai voulu m’impliquer un peu plus. Ça a commencé par des mixtapes personnelles que je mettais sur MySpace. Ça paraît loin tout ça ! (rires)

– Tu dis que tu viens de Gand, la ville qui a vu naître I Love Techno. À tes débuts en tant que DJ, tu avais un style électro qu’on retrouvait beaucoup en Belgique, très « banging » à l’image de Mumbai Science ou Sound Of Stereo. À présent tu es orientée vers la techno. Comment expliques-tu ce changement de cap ?

Je pense qu’en cinq ans, beaucoup de choses peuvent se passer. J’avais 17 ans quand j’ai commencé dans ce milieu et, en effet, je m’inspirais pas mal de musiques « electro » comme Crookers, Bloody Beetroots ou Sound Of Stereo. Il y a deux ans, cette scène s’est éteinte et s’est vue coller l’étiquette EDM. Les gens en avaient assez et voulaient passer à autre chose. Ils ont donc évolué vers un courant electro/techno, je pense notamment à Modek. J’ai moi-même voulu suivre ce courant mais cette scène est vraiment très réduite. Donc je me suis tournée vers la techno. Cela vient peut être du fait que j’ai muri.

– Il y a une partie du public qui, comme toi, a migré de l’electro/house vers la techno en l’espace de cinq ans. Penses-tu que ces personnes sont ouvertes et curieuses de découvrir de nouveaux styles de musiques électroniques ?

Oui, je pense. À mon avis, j’ai été très chanceuse. La scène électro/house était en train de disparaître, donc il a fallu se tourner vers un autre style. J’ai un bon groupe de fans et de followers qui ont apprécié ce que j’ai fait. C’est très important. S’ils n’aiment pas ce changement et qu’ils ne te suivent plus, tu es un peu dans la merde ! Pour moi, il y a un public et des artistes techno qui ne sont que très peu ouverts d’esprit. Ils ne s’intéressent qu’à leur musique et rien d’autre. Je pense que les barrières sont en train de disparaître petit à petit, bien qu’on colle une toujours une étiquette sur le style de chaque artiste. Par exemple, le genre de Dixon ou Tale Of Us se situe entre tel ou tel courant musical.

– Cette ouverture d’esprit est peut être ce qui t’a poussé à collaborer avec Oscar and The Wolf ? Pour montrer que tu peux faire autre chose que de la techno ?

Lors de mes DJ sets, je joue de la techno entre 124 et 128 BPM. Mais quand je produis, je suis dans une espèce de bulle. Ça permet de rester sur mes bases initiales, de ne pas m’égarer en composant. C’est ma façon de créer. J’aime avant tout produire, même des morceaux qui ne seront pas signés sur un label car ce n’est pas de la pure techno.

Charlotte De Witte– C’est en pensant de cette manière que tu as fait un remix pour BRNS ?

Exactement ! C’est complètement différent de ce que j’ai l’habitude de jouer en club, car en soirée j’ai besoin de ressentir une certaine énergie. Ce remix est plus posé.

– Très peu d’artistes prennent des risques en soirée. Je veux dire par là que beaucoup de sets sont linéaires, qu’il y a peu de changements de rythmes et de styles contrairement à un set que l’on pourrait écouter à la radio. Je prends exemple sur Daniel Avery quand il passe sur Rinse FM. D’un point de vue personnel, comment l’expliques-tu ?

Comme je le disais avant, j’ai besoin de ressentir de l’énergie quand je joue en club. Je veux que les gens dansent, soient heureux, sourient. Le public a besoin de danser. Quand je suis à la radio [Charlotte anime l’émission Playground sur Studio Brussel, Ndlr] c’est différent. Je peux prendre le temps d’emmener mon mix là où je le souhaite, ajouter plus de mélodies. Faire voyager l’auditeur davantage qu’en club où je suis plus agressive dans ma musique.

– Tu effectues une résidence au Fuse, célèbre club bruxellois. Ces soirées s’appellent KNTXT. Peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

J’ai joué deux ou trois fois au Fuse avant qu’ils contactent mon manager pour dire qu’ils avaient trois créneaux disponibles le vendredi soir pour un nouveau concept de soirée. Là, je me suis dit qu’il fallait en profiter ! Nous avons pensé au nom, au logo et à tout le reste. C’est merveilleux parce que le Fuse est un énorme club en Belgique. Ils ont beaucoup de contacts, donc il est possible de programmer beaucoup d’artistes internationaux qui connaissent ce club. Ce n’est pas comme si c’était un club inconnu quelque part en Belgique ! Je crois que nous avons fait quatre éditions de ma résidence jusqu’à présent. Nous avons programmé Stephan Bodzin, Rebekah, The Advent, Hans Bouffmyhre. Ce sont vraiment des héros pour moi et ça fait plaisir de pouvoir les inviter à mes soirées !

– Comment comptes-tu développer ce projet de soirées ?

La prochaine édition de KNTXT a lieu le 12 février. C’est notre premier anniversaire donc on va tâcher de bien faire les choses. Nous espérons également faire une édition de douze heures qui commence à 21 heures et qui finit à 9 heures. Ça serait assez difficile pour moi je pense, car il faudra tenir du début à la fin ! (rires) En Belgique, il y a les Red Bull Elektropedia Awards. C’est une cérémonie récompensant les acteurs du milieu de la nuit. KNTXT a été nominé dans la catégorie « Meilleure soirée » et « Meilleure découverte » en tant que soirée club. C’est juste excellent ! Tout le monde est ravi, aussi bien moi que l’équipe du Fuse. Ainsi, j’espère inviter de plus en plus de têtes d’affiche internationales.

Raving George– Revenons à tes débuts. Le contexte était-il différent il y a cinq ans en tant que DJ féminine ?

C’était différent en tant que DJ débutante. Je voulais faire abstraction de tout ce qui pouvait se dire autour de ça. Je me concentrais sur ma musique. Bien sûr, je ne voulais pas que le public vienne parce que je suis une femme. Je pourrais me cacher derrière un masque comme certains le font, mais ce n’est pas mon intention. À présent, tout le monde sait que je suis une femme. Enfin j’espère !

– De nos jours, beaucoup de femmes percent dans le monde de la nuit en tant que DJ. Nina Kraviz, Dasha Rush ou Helena Hauff. Penses-tu que les personnes qui portent des préjugés sont majoritaires ?

Si je vois Nina Kraviz programmée quelque part, je vais aller la voir mixer car c’est une femme qui a su imposer sa musique dans un monde dominé par les hommes. Je ne pense pas que la plupart du public va venir et regarder avec insistance la nana qui se déhanche dans le DJ booth. Quand certains associent femme et DJ, ils ne voient ni Nina Kraviz, ni Ida Enberg, ni moi. Ils voient plutôt une femme topless. C’est le genre d’image que je veux éviter.

– Enfin, si on te demande de citer un artiste que tu aimes et que tu souhaites faire découvrir, qui nous conseillerais-tu ?

C’est difficile ! Il y en a tellement ! Bien sûr, je peux te citer Len Faki car c’est un très bon artiste. Dustin Zahn, aussi. Mais ils sont déjà connus. En ce moment, j’aime beaucoup ce que fait Mikael Jonasson. Il est peu connu en Belgique et ça fait un moment que j’essaie de le faire venir au Fuse.

– Un grand merci à Charlotte de Witte et à l’équipe des Trans Musicales pour cette interview ! – 

Propos recueillis par Thibaut Bazylak

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