Profitons-en, encore !

En envoyant son coup franc dans la muraille islandaise, hier soir, à l’ultime seconde de la rencontre entre le Portugal et l’Islande, le malheureux Cristiano Ronaldo a refermé la première page de cet Euro 2016. Ou plutôt, la première journée. Car si ces douze premiers matchs devaient nous permettre d’y voir un peu plus clair concernant le niveau des 24 équipes engagées, ils nous auront surtout montré à quel point le temps passe vite. Cette compétition, que l’on attendait depuis des mois – voire des années pour certains –, est déjà entamée au quart… cinq jours seulement après le coup d’envoi de France-Roumanie. Mais alors, que retenir de cette première salve, si ce n’est qu’un mois, c’est court, surtout quand on parle du plus beau sport du monde ? Malgré le contexte, cet Euro devait être une fête immense. Pour l’instant, c’est un goûter d’anniversaire partiellement gâché par quelques dégénérés et un nouveau massacre aux États-Unis. Il reste à présent 26 jours. 26 jours nous séparant de la finale au Stade de France, et, espérons-le, d’un sacre tricolore. 26 jours pour monter en puissance et transformer ce sympathique apéro en bringue mémorable.

Belgique Italie Euro 2016Bêtise humaine

Tout avait pourtant bien commencé. Une tête d’Olivier Giroud, servi idéalement par un Payet superstar, puis ce missile du Réunionnais en guise de coup de grâce. Cette fois, l’Euro était lancé. Fini l’affaire Benzema, les problèmes de blessure, les sifflets envers Giroud et les angoisses défensives. Samedi matin, la France se réveillait de bonne heure et de bonne humeur, fière d’accueillir en son sein la plus grande compétition sportive d’Europe. Dans les fan-zones et en dehors, aucun signe d’émeutes ou de mouvements de panique n’est à déplorer. Les bars font le plein, la bière coule à flot et, comme souvent quand la France gagne, ça chante la Marseillaise jusque tard dans la nuit. Jusqu’à l’épisode du lendemain, marseillais justement, et les sérieuses complications entraînées par Angleterre-Russie. Sur beIN, Alexandre Ruiz, l’air grave, évoque « un ras-le-bol » devant ce qui vient de se passer en tribunes. « En cinq minutes, on a vu la bêtise humaine. Je le dis et je le répète : la bêtise, la bêtise humaine ! »  Pour l’image du football, on repassera. Pour rigoler un peu, en revanche, ça se passe toujours sur Twitter @marceldesailly.

3h47, en direct de la salle de gym

3h47, en direct de la salle de gym

Croire

Profiter de qui, de quoi, quand et comment ? Puisque le foot ne nous donne pas toujours le meilleur, autant aller le chercher nous-même. Dans un hymne ou un geste technique, une reprise où un discours, dans ces petits riens qui donnent toujours envie de croire en ce sport, malgré tout. Croire, par exemple, en la beauté d’un Andrés Iniesta dansant devant la défense tchèque, croire en ces claquettes de Manuel Neuer devant l’adresse des attaquants ukrainiens. Croire en Gigi Buffon chantant le Fratelli d’Italia les yeux fermés, comme si sa vie en dépendait. Croire en l’ouverture lumineuse de Leonardo Bonucci, en la précision d’Eric Dier ou en celle de Luka Modrić au moment de fusiller l’impuissant Babacan. Croire en la vie au moment où le père de Darijo Srna vient de perdre la sienne. Et puis, bien sûr, croire en nous, Bleus, qui rêvons de soulever ce trophée le 10 juillet prochain.

C’est donc ça, profiter. Et aussi savoir se rendre compte que rien n’est éternel. Pas même le gardien hongrois qui, avec son incroyable jogging, est devenu mardi le plus vieux joueur à disputer un Euro – à 40 ans et 75 jours. Pas même la jeunesse de Kinglsey Coman, Renato Sanches ou Raheem Sterling. Pas même Zlatan ni cette affreuse tignasse de Marouane Fellaini. Tout est beau, dans un Euro. Ou, du moins, tout est censé l’être. Les hurlements des commentateurs au moment où leur équipe prend l’avantage, les supporters chantant l’hymne national la main sur le cœur, un Italien qui trinque avec un Belge, une Italienne qui trinque avec une Belge, moi qui décapsule une Paulaner.

Joie hongroise

Joie hongroise

Euro show

Comme le prouve chaque soir Darren Tulett, l’Euro est un show où chacun a son rôle à jouer et où chaque match a son intérêt. Y compris le Autriche-Hongrie du mardi après-midi qui prive votre copine de son TPMP quotidien. Quand viendra l’heure de la finale ou, pire, celle de l’après-Euro, on en viendra à regretter ces Russie-Slovaquie et ces Roumanie-Suisse. Parce que la fête sera finit et que, au fond, rien n’est plus kiffant que de s’ennuyer devant un match de foot.

Le supporter aime la souffrance et nous le prouve chaque week-end en se rendant dans les stades de Ligue 1. Mais s’il aime souffrir, c’est parce qu’il sait que c’est au prix d’émotions que seules les grandes compétitions sont en mesure de lui offrir. L’Euro 2016 en fait partie. Les bars sont pleins, les gens chantent et crient dans la rue, les bières sont en promo chez Carrefour et, au moins une fois dans l’année, le terme « vivre ensemble » prend un peu de sens. Nous voici donc à J-26 de la grande finale. Ou plutôt, du grand final. Ce qui nous laisse trois bonnes semaines pour apprendre le Portugais et s’améliorer au Caps. Il n’y a plus une minute à perdre, profitons-en !

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