Playlist bavures policières

Bavure. Le terme est tellement galvaudé qu’il en deviendrait presque risible. Dans le langage courant, une bavure policière désigne « l’action violente conduite par des policiers envers d’autres personnes, en particulier dans les cas conduisant à la mort de la personne violentée » (Wikipédia). Bavure, comme celle subit par l’Américain Rodney King une nuit de mars 1984, au cours de laquelle il reçut quelques 50 coups de bâton et autres coups de pied, de Taser etc. Ou celle, plus récente, qui a conduit au décès de Michael Brown, Afro-américain de 18 ans abattu par un policier de Ferguson le 9 août dernier. Puis encore celle de la semaine passée qui a vu le jeune Tamir Rice, 12 ans, se faire descendre par un homme en uniforme alors qu’il jouait « de manière suspecte » avec un pistolet en plastique. Des dérapages, des égarements, des bavures, toujours des bavures…

En 2002, Hamé, du groupe de rap La Rumeur, est condamné par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, pour avoir écrit cette phrase dans un fanzine accompagnant la sortie de l’album L’ombre sur la mesure : « Les rapports du ministre de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété ». Douze ans plus tard, la justice a donné raison au rappeur après des années d’acharnement politique, mais les bavures policières courent toujours les rues. Pour célébrer la mémoire des victimes assassinées injustement par les forces de l’ordre, nous vous avons concocté une petite playlist de circonstance, non exhaustive, certes, mais ô combien nécessaire. Appréciez, méditez. 

Playlist bavures policières

Bob Dylan – « The Death of Emmett Till » (1962) :

Mississippi, 1955. Le cadavre mutilé d’un gosse noir de 14 ans lesté à un ventilateur d’égreneuse à coton est retrouvé dans une rivière par un pêcheur du Delta. Emmett Till est la énième victime d’un lynchage raciste odieux. L’image de son visage défiguré et l’acquittement de ses assassins scandaliseront le monde entier. L’issue du procès insufflera un élan décisif au mouvement pour les droits civiques, faisant du malheureux Emmett Till un haut symbole de la lutte. Né la même année que la victime, Bob Dylan chante la triste histoire de cette mascarade judiciaire abjecte pourtant encore aujourd’hui si actuelle.

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J.B Lenoir – « Alabama Blues » (1965) : 

« My brother was taken up for my mother, and a police officer shot him down/I can’t help but to sit down and cry sometime/Think about how my poor brother lost his life ». J.B Lenoir et son jeu de guitare en bottleneck transpirent la souffrance imprégnée dans un Sud ségrégationniste, où le blues du Delta du Mississippi résonne d’échos mortels.

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Nina Simone – « Mississippi Goddam » (1964) : 

Publiée la même année qu’« A Change Is Gonna Come » de Sam Cooke, « Mississppi Goddam » est un symbole de la lutte pour les droits civiques, composée après le massacre de quatre enfants noirs dans une église de l’Alabama. Soul-woman engagée par excellence, Nina Simone chantera cet hymne lors de la marche Selma-Montgommery, brisant les barrières policières qui se dressent sur sa route vers l’équité raciale. Putain de Mississippi.

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Alpha Blondy – « Brigadier Sabari » (1982) :

Peut-être l’un des plus grands standards reggae des années 80 et certainement l’un des morceaux les plus célèbres de son auteur. En 1982, sur son premier opus, Jah GloryAlpha Blondy sort ce riddim polémique qui deviendra vite l’hymne de tous les sans-papiers ivoiriens. Sous fond de sirènes de police, Blondy lance « l’opération coup de poing » et entraîne toute une génération à lutter avec lui contre les violences policières.

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Gil Scott Heron – « No Knock » (1972) : 

Usant de sa plume révoltée ou de sa voix de stentor pour dénoncer les carences sociales de son pays, Gil Scott Heron a consacré sa vie entière à la lutte sociale. Qu’il pointe du doigt les ravages de la politique Nixon et les violences policières (« The Revolution Will Not Be Televised ») ou s’insurge contre la loi No Knock, qui permet aux autorités gouvernementales de pénétrer chez des supposés criminels sans mandat de perquisition, Heron a régulièrement dressé sa grande carcasse dégingandée devant les forces de police.

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Tom Robinson Band – « Blue Murder » (1979) : 

1976, près de Newcastle : Liddle Towers, 39 ans, est emmené en garde à vue suite à une bagarre dans une boite de nuit. A sa sortie de prison le lendemain matin, il est transféré à l’hôpital où il mourra trois semaines plus tard des suites de sévères blessures contractées lors d’une garde à vue pour le moins musclée. Liddle Towers devient dès lors le symbole d’un mouvement punk qui fait des brutalités policières un symbole d’insurrection.

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Renaud – « Hexagone » (1975) :

« La France est un pays de flics, à tous les coins de rue y’en a cent. Pour faire régner l’ordre public, ils assassinent impunément […] Etre né sous le signe de l’Hexagone, c’est pas ce qu’on fait de mieux en ce moment ». Un commentaire ?

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Angelic Upstarts – « The Murder Of Liddle Towers » (1979) :

Il fut un temps où les rockeurs, en plus d’avoir du cœur, avaient des couilles. En 1979, les punks anglais de Angelic Upstarts publient sur leur premier opus ce brûlot dénonçant vertement les abus de ceux qui portent l’uniforme. « La police a le pouvoir, la police a le droit, de tuer un homme, de foutre sa vie en l’air. Etre ivre et désordonné était son crime. Je pense qu’il devait faire son temps mais il est mort. Il était ivre et désordonné et maintenant il est mort ». Fuck !

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Killer Mike – « Don’t Die » (2012) :

Le fameux « morceau coup de poing ». Sur son premier projet entièrement produit par El-P (l’immense R.A.P. Music), Killer Mike lâche ce storytelling dingue dans lequel un jeune black est poursuivit par un flic qui cherche évidemment à le descendre. « Je resterai un hors-la-loi avant tout et je mourrai en homme libre avant de vivre comme un esclave. Rien n’a changé et s’ils me chopent aujourd’hui : « Fuck the police ! », c’est tout ce que je pourrai dire ». Bim !

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Dead Prez – « Police State » (2000) : 

Porte-étendards d’un rap à la conscience politique acérée, les Dead Prez font parler les méninges à défaut de la poudre au début du deuxième millénaire avec un Let’s Get Free revendicateur, sur fond de black power. « Police State » et son beat hallucinatoire dénoncent la politique de répression de la communauté Afro-Américaine, opérée par le gouvernement américain sous les traits de la police.

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Pharoahe Monch – « Clap (One Day) » (2011) :

Pharoahe Monch au sommet de son art. En 2011, le rappeur du Queens sort de quatre ans de silence discographique pour lâcher ce qui reste peut-être son meilleur album à ce jour. Sorti sur Duck Down, W.A.R. est un disque brûlant et très engagé duquel est extrait « Clap », sorte de conte de rue tragique narrant les déboires de plusieurs familles de banlieue lors de raids de police musclés. La version longue, clippée, n’est pas loin d’être exceptionnelle.

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Peter Gabriel – « Biko » (1980) : 

Des battements sourds éventrent une atmosphère grave et pesante. Peter Gabriel nous transporte dans la sordide cellule 619 de la prison de Walmer street de Port Elizabeth où Stephen Bantu Biko pousse ses derniers râles, tabassé à mort par ses geôliers. L’histoire retiendra tant son destin tragique que son combat politique face à l’apartheid au sein du Black Consciousness Movement.

Lien Youtube –> http://bit.ly/1A83EIN

Par Nicolas Rogès, Morgan Henry et Xavier Boyat

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