On a encore causé avec Flavien Berger

On avait déjà rencontré Flavien Berger il y une dizaine de mois au festival Art Rock, quelques minutes avant son entrée en scène. Depuis, le jeune musicien a joué partout en France, fait la tournée des Zénith avec Christine & The Queens et a même sorti une mixtape de Noël (Contrebande 01). Avant son retour à La Route du Rock, cette fois-ci de nuit et en intérieur, nous avons voulu lui reposer quelques questions. Histoire de le féliciter pour « son » Cesar et de débriefer avec lui cette année 2015 extraordinaire.

Flavien, sur scène, deux heures après l'interview

Flavien, sur scène, deux heures après l’interview

Ça vient de tomber : Le Repas Dominical de Céline Devaux, court-métrage d’animation pour lequel tu as composé la musique, vient tout juste de remporter un Cesar [interview réalisée le vendredi 26 février, le soir des Cesar Ndr].

Flavien Berger : Mec, je suis comme un ouf ! C’est une copine d’école, on a fait ça ensemble. Elle bosse hyper bien, elle a gravi tous les échelons et là elle est au top. Elle a fait deux courts-métrages et le deuxième est aux Cesar…

Elle était pressentie pour gagner ?

Je sais pas, je ne suis pas dans les petits papiers mais, en tout cas, elle ne le savait pas. Sinon elle me l’aurait dit.

Que représente cette victoire pour toi ?

Je viens d’une famille de cinoche donc les Cesar c’est un rendez-vous familial de malade. C’est un peu la messe. D’ailleurs, si je n’avais pas été là, avec toi, j’y serais. Elle avait quelqu’un à inviter et ça aurait été moi. C’est ouf, c’est ouf… [Il tire sur sa clope] Je risque de ne pas être très sérieux mais c’est mortel. Tu assistes à un moment incroyable dans ma vie.

Je ne pensais pas que ça allait tomber si tôt dans la soirée.

En fait c’est plutôt moi qui joue tard.

D’ailleurs, avais-tu déjà joué aussi tard [00h30 Ndr] ? Dans ces cas-là, adaptes-tu ton set à l’horaire ?

Ça a déjà dû m’arriver mais c’est vrai que ça fait longtemps que j’avais pas joué si tard. Avant, je m’adaptais, plus maintenant. Avant j’avais plein de morceaux qui n’existaient pas, du coup je les jouais live. Maintenant, je ne joue que des morceaux qui sont sur mes disques. Après, oui, je vais adapter un peu. Je ne vais pas faire « Vendredi », ni de trucs un peu smooth. Je vais faire ma zik et puis ceux qui veulent venir viendront.

On s’était vu l’année dernière, à Art Rock. Tu venais de sortir Léviathan. Durant ce laps de temps, il s’est passé plein plein de choses. Raconte-moi cette année folle.

Il y a une tournée qui s’est montée, qui a surtout frappé à l’hiver. J’ai aussi joué avec Mansfield. TYA. J’ai continué mon truc ça a fait effet boule de neige. Enfin, c’est pas non plus un truc énorme.

Ton nom apparait quand même en premier sur la programmation de La Route du Rock hiver.

Oui mais je crois que c’est alphabétique, non ?

Hum, je crois que beaucoup de gens sont venus pour toi ce soir.

Ah bah c’est cool, on va essayer d’envoyer du kiff.

Comment as-tu vécu ce concert sur la plage pendant la dernière Route du Rock été ? J’y étais avec des potes et, honnêtement, c’était un des sommets du festival.

C’était chanmé. Il faisait beau, c’était sur la plage, c’était assez divin comme moment. Ce que j’ai kiffé c’est que petit à petit, de plus en plus de monde s’est agglutiné et ça a fini en liesse. Moi, j’ai vécu un moment mortel et jouer face à la mer c’est super inspirant. J’étais presque en atelier. En atelier d’impro, de chansons. Le fait de checker les gens, j’étais trop heureux.

Le 14 novembre tu devais jouer à La Cigale dans le cadre du festival Les InRocks. Tu as logiquement annulé…

[Il coupe] C’est pas moi qui ait annulé car c’était un festival. Il n’y a eu aucun concert à Paris le 14 novembre. Par respect pour le tumulte et ce qui s’était passé. Un festival, c’est une fête, donc ce n’était pas possible de faire la fête. Après, j’ai fait la tournée. Je suis allé jouer à Nantes, à Toulouse…

Comment s’est passée cette date à Nantes, deux jours après les attentats ?

C’était hyper chelou. Il n’y avait pas beaucoup de monde, c’était hyper bizarre. Même moi je me suis rendu compte de choses dans mes chansons à ce moment-là. C’était hyper chelou et très beau à la fois. Il y a même des gens qui m’ont dit qu’ils avaient une boule au ventre depuis les attentats et que ça s’est délié au moment du concert. Le pouvoir médicinal de la musique s’est avéré vrai. C’était assez thérapeutique.

L'an dernier, à Art Rock

L’an dernier, à Art Rock

En tant que Parisien, comment te sentais-tu ?

Ça a été super dur. On a été touché en plein coeur dans notre génération, dans notre métier. En plus, ma soeur est tourneuse. Le Bataclan appartient à moitié à mon tourneur donc, tu vois, c’est une catastrophe. C’est vraiment la violence pure et tu te rends compte de la fragilité des choses.

J’ai remarqué que même dans des moments comme ça, tu restes toujours assez enthousiaste, notamment sur ta page Facebook. Qu’est-ce qui te procure le plus de plaisir dans ce boulot ?

Tout. Je m’éclate toujours, il n’y a rien qui m’embête. On a la chance de pouvoir faire de la musique, d’être entendu, que ça réveille des choses chez les gens, que ça inspire des trucs. C’est que du kiff. C’est super jeune, pour moi, la musique. J’en ai toujours fait dans ma piaule mais ça ne fait que deux ans que c’est central, du coup je mords le truc à fond.

Tu as annoncé il y a peu l’album du collectif Sin…

[Il coupe] Ce n’est pas un album, c’est un disque de vent. On est allés enregistrer du vent à la frontière espagnole, à côté de Banyuls.

C’est quoi exactement, ce collectif ?

Le collectif Sin c’est un truc qu’on a monté en 2009 avec des potes. On faisait de la musique expérimentale, on envoyait du son dans des télés pour voir comment ça réagissait, on faisait des traductions visuelles de phénomènes sonores et puis ça a dérivé sur plein de pratiques de recherches. Donc la face A, c’est du vent en vinyle, et la face B, c’est un remix du vent.

J’avais oublié de te poser la question la dernière fois. La chanson « Abyssinie » traduit-elle une affection particulière pour le reggae ?

Oui, c’est pour l’ancienne Éthiopie, pour Haïlé Sélassié, pour le reggae, pour la Jamaïque, pour Jah.

C’est donc un milieu qui t’intéresse ?

J’adore les sound-system, le reggae. Pour moi, il y a un triangle d’or musical dans le reggae. J’adore la culture rasta et si on fait de la musique comme on le fait aujourd’hui, c’est parce qu’un jour il y a des mecs qui ont amené ça. C’est la racine de toutes les musiques contemporaines.

Les Cahiers du Cinéma t’ont nommé dans leur top clip de l’année 2015, avec Salut C’est Cool. C’est un peu improbable quand même.

Mais oui, pareil, c’est hallucinant ! Les Cahiers du Cinéma, c’est un truc que mon père lit, c’est vraiment un standing de ouf. C’est un peu le Graal culturel niveau cinoche. Donc se retrouver là-dedans parce que tu fais des clips, que tu te marres avec tes potes et que tu fais la musique que tu veux, c’est génial.

Tu as toujours le temps d’aller au ciné ?

Non, je suis largué. Mais je vais reprendre le temps là… J’ai vu Mad Max, pfff, une tuerie.

[Bon Voyage Organisation s’apprête à monter sur scène et Flavien ne veut pas en louper une miette. On coupe le magnéto et on lui dit à la prochaine]

Propos recueillis par Morgan Henry

Écoutez et téléchargez gratuitement la mixtape de Noël CONTREBANDE 01 

Flavien Berger Contrebande

Pas de commentaires