Nuits Sonores 2017 : Dans les pas de la plus belle arnaque journalistique

Voilà, c’est fini”, chantait Jean-Louis Aubert. Le festival Nuits Sonores est terminé. Fin de chantier, chacun peut regagner son lit avec le sentiment du devoir accompli. Pourtant je n’étais pas hyper-confiant. En effet, à l’annonce de la programmation complète, ma première pensée fut de tailler. C’est putain de reuch (!) et les artistes ne sont pas fous. Oui, une belle quenelle dans le plat en leur disant : “c’est d’la merde !”, façon Jean-Pierre Coffe. On se disait que le festival voisin Positive Education ferait mieux si on leur donnait les mêmes moyens. Une pensée bien française ! Une vision musicale bien différente, surtout. Car, avec du recul et en y regardant de plus près, j’y ai trouvé des centres d’intérêt. À force d’écouter les groupes, mon programme s’est peaufiné et mon oreille a constaté que l’offre était très éclectique. Pas évident de planifier ces haltes sonores pendant quatre jours consécutifs, moi qui commence à me faire vieux. Mais à force de persévérance, j’ai fini par aller au bout du bout.

Keep Razors Sharp aux Subsistances

Keep Razors Sharp aux Subsistances

Rock, jazz et musiques du monde sortent du lot

La majeure partie de la programmation est orientée vers les styles de musiques électroniques. Or il s’est avéré que ceux-là n’étaient pas les plus intéressants, au contraire de Pharoah Sanders et de son quartet free-jazz légendaire. Présents lors de la Nuit 2 aux anciennes usines Fagor-Brandt, le jazzman et sa troupe ont éclaboussé de subtilité le Hall dans lequel ils jouaient, malgré un Pharoah plutôt faiblard. Il a réuni ce soir-là un public à la fois curieux et soucieux de trouver calme et légèreté. Quasi simultanément, le turc Mustafa Özkent amenait de la gaieté (lyrique) dans un Hall voisin.

La carte blanche à Lisbonne donne lieu à plusieurs concerts de qualité. Le vendredi après-midi, nous avons ainsi pu assister à l’électrique show de Keep Razors Sharp. Cette formation allie rock psyché, shoegaze et noise. Les membres du groupe sont en nage sous cette immense verrière qui fait le charme architectural des Subsistances. Pour continuer dans un esprit rock, des artistes plutôt tournés vers un style garage jouent le dimanche après-midi sur la péniche Loupika. Certains sont Rennais. C’est le cas de Kaviar Spécial qui donne des airs de Binic en jouant devant une trentaine de personnes sur les quais de Saône.

Comme nous ne sommes que des êtres humains, nous n’avons pu être à la fois à l’apéro et au Transbo pour voir jouer Yussef Kamaal et Bachar Mar-Khalifé. Ce qui aurait permis d’argumenter définitivement ce paragraphe.

Pharoah Sanders (pas aux Nuits Sonores)

Pharoah Sanders (pas aux Nuits Sonores)

Des performances live qui font la diff’

Le meilleur des lives du week-end est en toute logique, pour moi, celui de Nathan Fake. Pour le coup, c’est un bout de son set que l’on a vu, arrivés et à la bourre et bloqués dans les quelques embouteillages à l’entrée du Sucre. J’avoue être nostalgique de ses premiers albums. Le sound-system du Sucre se prête parfaitement au voyage dans lequel nous entraine le natif de Necton. Sous ses airs d’adolescent à peine réveillé – je fais référence à sa coupe de cheveux -, il a la tête littéralement plongée dans ses instruments numériques. Ses notes presque finales ont l’air de ressembler à une version retravaillée de “The Sky Was Pink”, morceau qui a fait la renommée de l’artiste et que James Holden a brillamment remixé.

Suite à la performance de Fake, on pourrait citer le set de The Field, bien que celui-ci m’ait moins envouté. Plus profond, moins dense et plus linéaire. Une autre ambiance donc, différente de celle d’Actress. J’attendais Darren Cunningham avec impatience. Celui-ci a semblé avoir quelques soucis matériels. D’autres obligations m’ont fait quitter le navire du Sucre pour aller vers d’autres horizons. Heureusement, Arte est là pour nous tous.

On n’oubliera pas de citer Bernardino Femminielli qui passait au Sonic le jeudi soir. Ceci-dit, je ferais mieux de laisser la parole à Monsieur Chupin car l’alcool ne m’a pas aidé dans ma quête du souvenir intact. Brice a donc qualifié la performance du Canadien de ”magnifique”, d’“énorme”. Le tout dans un Sonic qui a tardé à se remplir, laissant libre place aux danseurs planeurs pendant les lives de Waveland et Matteo Vallicelli. Notre périple continua ensuite dans le sauna du Terminal, devant un DMX Krew qui saurait battre ma colocataire sur la longueur des cheveux.

À noter le live sympa de Moscoman et celui d’Omar Souleymann, très attendu par le public des Nuits. Le Syrien n’a pas cassé la baraque mais l’euphorie et l’atmosphère de la soirée étaient au rendez-vous pour que ce soit un passage réussi.

nuits sonores sunday park…au contraire des DJ, un peu moins originaux

C’est bien connu, le mouvement électronique connait un renouveau depuis quelques années. Les évènements se multiplient, les mêmes noms reviennent souvent. Les vieux cons comme moi sont devenus plus exigeants, ils veulent entendre ce que personne d’autre ne fait, souhaitent l’exclusivité totale. Bambounou et François X ont beau larguer des missiles, cela ne m’a malheureusement fait ni chaud, ni froid, au contraire de certains. Il en va de même pour Aurora Halal. À la différence des noms précédemment cités, Helena Hauff et Umwelt se distinguent par un mood différent, celui d’une techno industrielle breakée, s’inspirant fortement de Drexcya. Randomer avait également débuté sur des bases intéressantes, avec un vieux Anthony Rother incitant à ne pas casser le beat. Arrivera un moment où l’on s’en lassera également pour laisser place à un nouveau cycle. Et pourquoi pas celui d’un nouvel âge d’or de la jungle ? Soyons fous !

Une liberté hors-pair

Les Nuits Sonores, c’est la multitude de choix en terme d’évènements. Du mercredi au dimanche, le festivalier n’est pas cantonné à se farcir un seul et unique lieu. Et je pense que c’est ce qui fait la réputation du festival. Incroyablement riche en découvertes, les groupes et artistes proposés dans les lieux gratuits sont aussi intéressants que les plus connus qui passent aux Days et aux Nuits. Voilà pourquoi ça ne vaut pas la peine de râler après les prix, il est vrai, assez élevés Ne parlons pas du closing du dimanche au Sucre : pas vraiment envie de payer 40€ pour aller voir Maceo Plex. Heureusement, l’après-midi dominicale à agréablement étonné : friperie, marché aux vinyles, loto, plateau rock pour une minorité, disco et house pour les avares de son en majorité. 3 euros – ou 2000 francs CFA selon vos pays d’appartenance – la casquette Minnie. Dire que Michel en fournirait d’autres. En terme de structuration visuelle, sonore et ergonomique, l’investissement est énorme et tout endroit, qu’il soit payant ou gratuit, s’efforce d’offrir le plus grand confort au public.

Cashless ta mère

Ce moyen de paiement tant contesté qui permet de ne pas voir physiquement ce qu’on dépense mais qui permet de retracer le parcours du plus bourré d’entre nous. C’est grâce à ce système que je me suis souvenu avoir commandé un Perrier “fines bulles” à 5h17 avant de partir de la Nuit 2 le samedi matin. Non, je ne suis pas partisan de ce type de paiement comme la plupart de mes confrères consommateurs, mais avouons-le, ce doit être un soulagement pour tous les trésoriers de ne pas brasser des milliers d’euros à des heures impossibles.

Un peu de 1664 blanche pour la route

On savait Jean-Michel Aulas chaud comme la braise. Cette fois, toute la ville a transpiré pour ce long week-end. Plus de 30 degrés au thermomètre chaque jour. De quoi alléger les tenues vestimentaires. La météo estivale durant ces cinq jours aura au moins eu le mérite de remplir les caisses des bars… ou pas ! On sait tous que la bière déshydrate. Cela ne nous a pas empêché de nous ressourcer lors de chaque après-midi ensoleillé autour des agrumes de la 1664 blanche.

Modeselektor ambiance ça

Modeselektor ambiance ça

La Nuit, on joue des coudes. Luc Sonor adore.

Les anciennes usines Fagor-Brandt avaient de quoi faire rêvasser les amateurs de sites industriels. Rien qu’à voir les vidéos de cette friche on se disait que le potentiel était énorme pour un festival de cette ampleur. Sauf qu’en arrivant là-bas, on s’est tous rendu compte que les espaces entre chaque Hall étaient très petits. Au point de se retrouver parfois à slalomer entre les personnes pour se frayer un chemin lors des périodes d’affluence…

Finalement, qu’en pense Buggin ?

Non, tous les artistes et groupes programmés n’étaient pas au top. Un peu trop de boum-boum à mon goût. Je regrette l’absence de quelques pépites expérimento-ambient. De celles qu’on voudrait entendre allongé dans un parc à l’abri du soleil. Dans quelques années peut être…

Pour résumer, je ne pensais pas être agréablement surpris par certains lieux et ce qui était proposé. Dans ce genre d’évènement, il faut savoir dénicher ce qui fait la différence, aller dans des endroits improbables comme sous un des silos de la Sucrière. La monotonie de certains DJ ne nous a pas attiré au contraire de certains live nous transportant dans un autre univers et nous déconnectant de la réalité. Les prix nous ont, certes, effrayés, mais l’offre fut riche et intelligemment pensée en fonction des différents lieux. C’est dans ces moments-là qu’on comprend pourquoi les “NS” figurent en bonne place parmi les évènements majeurs européens.

Par Thibaut Bazylak

Crédits photos : Beatriz Blau (photo 1 et home-page) pour Buggin, DR (photo 2), Gaëtan Clement (photo 3) et Brice Robert (photo 4).

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