Mehdi Maizi : « On s’est tous fait bousiller par le rap »

Comme beaucoup de personnes, Mehdi Maizi aime écouter du rap, parler de rap, écrire et débattre autour du rap. Mais à la différence de beaucoup, lui en a fait son métier. Depuis un peu plus d’un an et demi, cet amoureux de chemises Lacoste anime l’émission de l’Abcdr du Son et les tables rondes de Deeper Than Rap en compagnie d’autres rédacteurs du célèbre webzine. Mieux, en avril dernier, Mehdi a sorti chez Le Mot et Le Reste son premier bouquin intitulé Rap Français – Une exploration en 100 albums. En 230 pages, le jeune journaliste dresse le portrait de 100 disques indispensables – ou pas – sensés raconter 25 ans de rap en France. L’occasion rêvée pour causer hip-hop avec celui qui a déjà rencontré les deux tiers du rap français.  

Mehdi vous aime gros comme ça !

Mehdi vous aime gros comme ça !

– Première question toute bête : ça fait quoi de se retrouver interviewé ?

Mehdi Maizi : (Rires) C’est un peu bizarre et ça me force à me remettre en cause car il y a beaucoup d’interviews où l’on me pose les mêmes questions. À mon niveau c’est pas gênant car c’est la première fois de ma vie qu’on m’interviewe, mais je me mets à la place des rappeurs qui doivent enchaîner des journées promo et je me dis que, parfois, moi aussi je pose des questions relou. Mais c’est super cool, d’autant que généralement on ne parle pas que du livre mais aussi de ce que je fais à côté. Et je me rends compte aussi qu’être interviewé, ce n’est pas toujours si évident que ça.

– Il faut dire qu’on commence à te voir beaucoup, notamment grâce aux émissions de l’Abcdr.

MM : Le livre est arrivé à un moment intéressant pour moi dans le sens où ça fait un an et demi qu’on fait beaucoup de choses entre les émissions Abcdr, Deeper Than Rap et la nouvelle version du site. On ne fait pas des millions de visites, on n’a pas des millions de fans mais, malgré tout, je pense qu’on a développé une petite réputation.

– Pour en revenir au livre, je crois savoir que c’est l’éditeur qui est venu te chercher.

MM : En fait, c’est Sylvain Bertot [auteur de deux ouvrages sur le rap sortis chez Le Mot et Le Reste Ndlr] qui a fait le lien. Je crois que ça fait longtemps qu’il n’écoute plus de rap français donc je pense qu’il ne se sentait pas légitime pour en parler. L’éditeur a été surpris par le succès de son bouquin. C’était la première fois qu’ils faisaient un truc sur le rap et, du coup, ils se sont dit que ce serait cool de faire la même chose sur le rap français. Ils sont venus nous voir [l’Abcdr Ndlr] et il s’avère que j’étais le plus motivé et le plus disponible pour le faire.

– Finalement, tu n’as pas eu le choix du format. On t’a imposé un bouquin de chroniques, non ?

MM : Tout à fait. C’est le même format que le bouquin de Bertot. Il fallait une grosse intro avant de rentrer dans le vif du sujet. J’aurais pu proposer d’autres projets mais ça m’intéressait de le faire comme ça car j’avais vraiment aimé celui de Sylvain. C’est un format agréable à lire et qui se décline très facilement. L’avantage avec ce type de bouquin c’est que tu peux lire une chronique de temps en temps, puis revenir dessus plus tard.

– Ça n’a pas été trop dur de passer des chroniques fleuve de l’Abcdr à celles, très synthétiques, du livre ?

MM : Il y a forcément de la frustration car il y a plein de choses qu’on aimerait dire. À l’Abcdr, on a ce défaut de faire des chroniques fleuve quand c’est pas toujours nécéssaire. Après, j’adore les chroniques de Pitchfork, les gros pavés, même si parfois on en fait sans doute trop. Mais c’est aussi très difficile de se restreindre à quelques paragraphes. Il y a des disques qui sont tellement énormes que c’est frustrant, évidemment. Comme L’école du micro d’argent

"Non mais Teki toi, d'abord ?"

« Non mais Teki toi, d’abord ? »

– Justement, comment arrives-tu à écrire sur un disque comme celui-ci alors que tout a déjà été dit et répété ?

MM : En fait, tu as 2600 signes maximum. En gros, j’ai posé les premières idées qui me sont venues à l’esprit. J’ai pensé à Akhenaton qui s’est vraiment réinventé à l’époque, j’ai pensé à la nouvelle génération du rap français etc. Après, ce sont toutes ces idées que je vais coucher sur papier. Mais effectivement je pense que la plupart des gens qui achèteront le bouquin n’apprendront rien sur ce disque. Par contre, ils seront contents de le retrouver et d’avoir envie de se replonger dedans.

– Dans une interview que j’ai pu lire, tu parlais de ton envie “d’écrire le rap”. Tu te considères donc un peu comme un activiste ?

MM : C’est une interview qui s’est faite à l’écrit donc il faudrait la reprendre car je sais plus dans quel contexte je l’ai dit. Il y a quelque chose d’un peu prétentieux à vouloir “écrire le rap”. En plus je suis arrivé assez tard dans le rap donc c’est surement pas à moi d’en écrire l’histoire. D’ailleurs, c’est assez marrant que tu parles d’activiste car on m’a parfois qualifié ainsi alors que j’ai jamais eu cette prétention ni cette envie-là. Ma démarche, à la base, c’est juste celle d’un passionné. Avec les années on essaye de se professionnaliser un peu et d’en sortir mais je n’ai jamais eu cette volonté d’apporter absolument ma pierre à l’édifice.

– On parlait de Pitchfork tout à l’heure. Certains artistes doivent leur renommée presque exclusivement grâce à leurs Best New Music.

MM : Pitchfork a vraiment ce rôle d’influenceur. Quand ils mettent 10/10 à l’avant-dernier Kanye, ça signifie quelque chose. Quand ils avaient mis 1/10 au premier Mac Miller, ça l’avait flingué. Il l’a dit et a d’ailleurs complètement revu l’album suivant. Donc oui, ça fait partie des médias qui ont un vrai pouvoir. L’Abcdr, encore une fois, c’est vraiment une démarche de passionnés. Aujourd’hui, on commence à entrevoir la possibilité de développer une petite économie autour du site mais, à la rigueur, on ne l’a même pas cherché. Pendant 14 ans, on avait tous des trucs à côté et on n’a jamais pensé à autre chose qu’à se faire plaisir. Parfois, au lieu de sortir le vendredi soir, on retranscrivait les interviews parce qu’on kiffait faire ça. On s’est tous fait bousiller par cette musique et on en écoute tous encore énormément.

– Il y a très peu de jugement de valeur sur l’Abcdr. Vos chroniques n’ont pas de notes par exemple. Est-ce compliqué de dire du mal d’un artiste aujourd’hui, notamment pour obtenir une interview derrière ?

MM : C’est vrai qu’on descend rarement les disques. La première raison, c’est parce qu’on n’a pas d’obligation d’en parler. Si demain un disque sort, il n’y a personne à l’Abcdr qui va dire : “Bon, les mecs, il nous faut tant de papiers cette semaine donc il faut absolument chroniquer ça, ça et ça !”. On essaye de faire en sorte que l’Abcdr soit un kiff pour tout le monde. Le but est de parler des disques qu’on aime et de donner envie aux gens d’écouter de la musique. Voilà pourquoi on ne se force pas à écrire sur des choses qu’on n’aime pas. Après, il y a aussi des disques que j’adore mais dont je suis incapable de parler. Ensuite, sans donner de noms, ça arrive que des artistes prennent mal certaines choses qui sont dites ou écrites sur l’Abcdr et qui, du coup, sont moins chaudes pour faire des interviews. C’est une réalité. Après, on n’est pas le média le plus racoleur, méchant ou putassier au monde. Un artiste a tout à fait le droit de refuser mais c’est clair qu’on n’est pas aux Etats-Unis où les journalistes peuvent se foutre de la gueule des rappeurs. Mac Miller a beau s’être fait descendre par Pitchfork, je pense qu’il adorerait faire une interview avec eux.

Mehdi et son sniper Yerim Zemmour

Mehdi et son sniper, Yerim Zemmour

– D’autant qu’une critique négative n’a pas forcément d’impact négatif sur les ventes.

MM : La preuve, le disque en question s’était super bien vendu. En France, on a des snipers, des gens qui sont payés pour dire du mal. Mais globalement, c’est assez rare que les journalistes culturels se mouillent, surtout dans la musique. Ruquier, même si j’aime bien son émission, à chaque fois qu’il reçoit un rappeur c’est le même discours : “Je vous préviens, je ne connais pas le rap”. Il a le droit, je ne suis pas là pour évangéliser la France, mais on est dans un truc un peu malaisant où on demande à ces gens leur avis sur tout. Moi, je ne saurais pas interviewer Stéphane Le Foll par exemple (Rires). Donc forcément, il y a des choses qu’ils font mal.

– Est-ce que les rappeurs ne sont pas plus susceptibles que d’autres artistes ?

MM : Je ne regarde peut-être pas assez d’interviews d’artistes pop, rock ou autres mais j’ai quand même l’impression qu’ils ne subissent pas le même traitement dans les médias généralistes. Je me souviens d’une interview d’Orelsan chez Ruquier où on lui reprochait de ne pas dire grand chose dans ses textes, de ne rien dénoncer. Ce sont des gens qui n’ont pas compris que le rap, ça pouvait aussi être ça ! Ça peut être Médine mais ça peut aussi être Orelsan. C’est ça qui est un peu fatiguant. Quand Lilly Wood & The Prick est invitée, c’est plus léger, ça parle de musique, de thèmes etc. Même s’ils n’aiment pas, ils parlent du disque au moins.

– Tu as déjà eu à te justifier d’être fan de rap ? 

MM : J’ai fait des études où tu te retrouvais parfois avec des gens très éloignés de toi, dont certaines personnes – par ailleurs ouvertes d’esprit – avaient de gros a priori sur plein de sujets. À cette période, on me disait souvent : “Mais Mehdi, c’est bizarre que tu écoutes du rap, toi”. En gros, à partir du moment où t’es pas trop idiot, ça paraît bizarre de kiffer la Mafia K’1 Fry. On a le droit de ne pas aimer le rap. Par contre, quand on commence à sortir des grandes phrases définitives, c’est là où je commence à discuter avec la personne. Dans ces cas-là j’essaye d’expliquer que le rap peut parfois être juste de la musique, que ça peut parfois être complètement débile et génial à la fois. J’essaye de déconstruire les gros clichés du type “le rap c’est forcément bien-pensant, bien écrit, assez littéraire, engagé”. Mais maintenant, quand je suis en soirée et qu’on me demande ce que j’aime dans le rap, je réponds juste : “Laisse-moi tranquille !” (Rires).

– D’ailleurs, j’ai l’impression qu’il y a plus de bouquins qui sortent actuellement qu’il y a quelques années. Est-ce que ça correspond pas à cette légitimité retrouvée dont tu parlais ?

MM : Je pense que ça vient de plusieurs choses. Déjà, le rap est une musique qui perdure et qui commence à avoir un vrai patrimoine en France. Ça veut dire qu’en trente ans, une histoire s’est créée autour de cette musique. Et ce qui est cool c’est que ça reste toujours la musique des jeunes. Cette musique se réinvente et se régénère tout le temps. Pour être très cliché : le jazz, ça reste le jazz. Alors que tu peux rapper sur du jazz, sur de l’électro, sur du dub-step etc. Maintenant, on sait que le rap est une musique qui existe, qui vend beaucoup de disques et donc, qui a une histoire. Il y a encore une certaine forme de respectabilité à gagner auprès de certains médias mais globalement on peut commencer à raconter le rap en France.

– Tu as une idée du profil des acheteurs de ton livre ? Et, à plus large échelle, des lecteurs de la maison d’édition Le Mot et Le Reste ?

MM : Je suis surpris d’avoir pas mal de retours de jeunes d’environ 13/14 piges qui m’envoient leurs photos sur Instagram avec le bouquin. Ça me fait super plaisir car j’aurais surement été un peu comme eux au même âge. Un bouquin comme ça, je me serais rué dessus. Je sais pas si je l’aurais aimé (Rires), mais en tout cas l’initiative m’aurait vachement intéressé. Il y a aussi des gens qui sont parfois très éloignés du rap mais qui vont l’acheter juste parce que c’est Le Mot et Le Reste, ou parce qu’ils sont curieux. Je ne sais pas si c’est réussi mais j’avais l’ambition d’être pédagogue et de parler aussi bien à quelqu’un qui a écouté ces 100 disques, qu’à quelqu’un qui en a écouté deux. Après, je ne saurais pas te matérialiser le profil des acheteurs. Mais j’ai été assez étonné de la bienveillance des gens et de ce petit engouement à mon échelle.

Avec l'Ourson et ses casquettes, OKLM

Avec l’Ourson et ses casquettes, OKLM

– As-tu noué, toi ou d’autres membres de l’Abcdr, des relations amicales avec certains rappeurs ?

MM : C’est déjà arrivé dans l’histoire de l’Abcdr mais ça peut créer des problèmes en terme de déontologie. Quand ça arrive, on le dit. Récemment, Maxime “zo” a interviewé JP Manova et il explique dans le chapô de l’interview qu’au fil des discussions, JP est devenu un pote. Selon moi, à partir du moment où c’est dit, il n’y a pas de problèmes. Personnellement, ça ne m’est pas arrivé car j’essaye de dissocier ça. En plus, quand tu commences à être pote avec un mec, il va venir te voir régulièrement pour que tu parles de ses projets et ça peut être parfois compliqué à gérer.

– Après, en consultant très régulièrement les mêmes médias, on parvient à déceler les goûts de chacun. Par exemple, à l’Abcdr, on sent que vous aimez bien un gars comme Aelpéacha.

MM : Il y a effectivement des gens qu’on aime bien et qu’on a poussé à notre modeste niveau. Mais après, ce ne sont pas des potes. Alpha, ce n’est pas un ami. Par contre, c’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect, que j’ai toujours écouté et que je trouve génial en tant qu’artiste. Le premier qui a parlé d’Aelpéacha sur le site c’était moi, avec la chronique de Val II Marne Rider. Je trouvais ça important d’en parler car malgré le temps et la qualité, Aelpéacha restait un mec de niche. Du coup, si nous on ne le faisait pas, personne n’allait le faire. Et ça m’embêtait. Je pense aussi que c’est le rôle de l’Abcdr de parler de ces gars-là. Autant que Booba ou Kaaris.

– Justement, comment arrivez-vous à trouver l’équilibre entre le très grand public et des artistes comme JP ou Aelpéacha ?

MM : L’avantage et le désavantage de l’Abcdr c’est qu’au jour d’aujourd’hui, on n’a jamais vraiment fonctionné comme une rédaction. C’est une sorte de concentré d’individualités où chacun fait un peu ce qu’il veut. Parfois les gens nous voient comme un média hyper organisé alors que c’est le bordel. C’est un truc de communistes l’Abcdr (Rires). Personne ne prend de décisions, personne ne met de véto etc. Si quelqu’un nous ramène une interview et qu’elle est bonne, on la sort ! Peu importe de qui il s’agit tant que c’est intéressant et qu’il y a une histoire à raconter.

– Par rapport à la vidéo, avez-vous décidé de l’intégrer en fonction du mode d’évolution des médias ?

MM : Pas du tout ! D’autant que les vidéos qui marchent le mieux sont généralement des formats très courts. Alors que nous on fait des formats très longs. Aujourd’hui, on se rend compte que le public de l’Abcdr est plutôt branché formats longs. Les fameuses interviews de cinq pages à l’époque ou, aujourd’hui, des longues interviews vidéo. En réalité, c’est Dailymotion qui est venu nous voir. Ils montaient des studios sur Paris et voulaient travailler avec plusieurs personnes, dont nous. Maintenant on fait beaucoup de vidéos car on y a pris goût. On essaye d’améliorer ça mais à la base c’était pas vraiment une envie de notre part.

– Est-ce que la vidéo – qui vous a certainement amené de nouveaux lecteurs – n’a pas impacté les formats écrits ? 

MM : Non, on est sur des chiffres assez similaires, voire même en progression sur les chiffres globaux autour du site. Par contre, c’est peut être plus en terme d’image que ça a changé pour nous. Pendant longtemps l’Abcdr était associé à de longs formats écrits, et là je vois que c’est parfois plus associé à nos émissions. En revanche, l’interview de Booba qui fait 200 000 vues, ça n’arrive jamais sur les formats papier, on ne va pas se mentir.

Avec Kicket, Nico et Nemo, les potes de Deeper Than Rap

Avec Kicket, Nico et le Captain Nemo : les potes de Deeper Than Rap

– Vous n’avez pas peur qu’à terme, la vidéo fasse disparaître complètement l’écrit ?

MM : En tout cas on n’en a pas l’envie. Après, tout dépend des forces vives qui gravitent autour du site et de qui fait quoi. À titre personnel, je mets beaucoup d’énergie sur la vidéo donc j’ai moins de temps pour l’écrit. Mais je ne suis pas tout seul sur le site, donc ça dépend vraiment de chacun.

– Dans les vidéos courtes de Deeper Than Rap, il y a tout un travail de gestuelle. C’est quelque chose que vous avez travaillé avant de vous lancer dans la vidéo ? 

MM : Pour tout te dire, sur la première émission de l’Abcdr, on n’avait même pas de pilote ! On est arrivé comme ça, sans savoir faire, tout en se demandant s’il fallait vraiment jouer le jeu de l’animateur. À la base, on est assez pudiques, on ne s’était jamais montrés et donc on ne savait pas trop comment se positionner par rapport à tout ça. Au fur et à mesure, on a pris de l’aisance et on a commencé à intégrer des codes. Mais on ne l’a pas spécialement taffé. Après, c’est aussi une question de tempéraments.

– En tant qu’animateur, comment gères-tu les chroniques de Yerim où l’on sent parfois un peu de gêne qui s’installe sur le plateau ? Tu ne t’es jamais senti mal à l’aise ?

MM : Non, sauf quand une blague tombe à l’eau. Sur la nouvelle version de l’émission, je voulais plus de personnes pour participer aux interviews. Yerim, je le connais, je sais quel est son humour, je sais comment il fonctionne donc je savais pourquoi je l’appelais. D’ailleurs, ça se passe bien avec la plupart des rappeurs car les gens voient que c’est un vrai connaisseur de rap et qu’il écoute tous les mecs qu’il taille. Puis, au final, il y a toujours un peu de tendresse dans ce qu’il fait. Après, si des rappeurs le prennent mal, tant pis. Sur l’émission globale, l’artiste voit bien qu’on n’est pas là pour le piéger mais pour parler de musique.

– Donc toi, maintenant, tu es le seul de la bande à te consacrer à 100% à l’Abcdr ?

MM : Oui, depuis janvier 2014. Il y a une dizaine de contributeurs qui font l’Abcdr aujourd’hui. C’est aussi pour ça qu’on me voit davantage. J’ai plus de temps pour mener des projets que d’autres qui ont un job à côté, comme c’était mon cas avant.

– Si tu devais garder un souvenir d’interview qui t’as particulièrement marqué, ça serait quoi ? 

MM : Je pense que je dirais Ill, des X-Men. C’est une interview dont j’étais assez fier parce que c’était avant qu’il commence à revenir. À l’époque, c’était le mystère du rap français donc c’était assez cool d’aller le chercher à ce moment-là. J’étais à la release party de l’album de Nakk, à la Favela Chic. Avec Yerim, justement. Daphné, qui manageait Ill à l’époque et qui connaissait mon intérêt pour sa musique, me voit et me dit : “Il y a Ill qui est là !”. Du coup, je vais le voir et commence à lui dire qu’il faut absolument qu’on fasse une interview pour l’Abcdr. Il me donne son numéro et pendant 2/3 mois on s’envoyait des messages sans réussir à caler de créneau. Finalement, on parvient à fixer un rendez-vous un vendredi… où il ne vient pas ! Résultat, on cale ça le lendemain et là, c’était ouf car il y avait de vrais moments de vérité. Il nous a avoué que c’était à la fois important et difficile pour lui de parler de toutes ces choses. Donc je dirais Ill, même si j’aurais pu te dire Dany Dan, Salif, Akhenaton…

Vald en live sur le plateau de l'Abcdr

Vald en live sur le plateau de l’Abcdr

– Et à l’inverse, un mauvais souvenir ?

MM : Les interviews les plus dures c’est plutôt avec des gens pas très loquaces qui ont du mal à parler de leur musique. Certains sont extrêmement mauvais clients et dans ces cas-là c’est sportif. Tu te bagarres pendant une heure et au final, t’as rien et tu ressors hyper frustré (Rires). Après, c’est aussi à nous de nous remettre en question. Quand une interview est ratée, c’est parfois la faute de l’artiste qui ne joue pas le jeu, mais ça peut aussi venir de nous.

– L’interview qui t’as mis le plus de pression ?

MM : Je vais être très très cliché en disant ça, mais je dirais Booba. Déjà, je pense que c’est le mec que j’ai le plus écouté. Donc quand t’es face à lui, tu es face à plein de mythes, à plein d’histoires. Il est très cool car même après l’interview on a parlé de rap, il m’a dit ce qu’il écoutait etc. Mais quand la caméra est allumée, il met une barrière. Il est très maître de sa communication et de son image. Tu sens que t’es face à quelqu’un d’extrêmement professionnel. D’ailleurs, la première fois que je l’ai interviewé, il était habillé normalement, c’est à dire pas en Unkut. On lui demande si on peut prendre des photos et il répond : “Non !”. Parce qu’il n’était pas habillé pour. (Rires)

– Tu penses qu’un jour on invitera d’autres personnes qu’Olivier Cachin pour parler de rap à la télé ?

MM : C’est déjà arrivé. M6 et Canal m’ont déjà appelé pour des petits sujets. Après, je ne me réveille pas le matin en me disant que je vais prendre la place d’Olivier Cachin. Effectivement, il pourrait y avoir plus de diversité mais je pense qu’il faut s’en foutre et, peut-être, créer nos propres médias. Peut-être qu’on nous invitera un jour à la télé pour parler de rap – ou de jazz, en bon fan de Kendrick Lamar. Mais je ne me pose pas trop ces questions-là.

Un grand merci à Mehdi pour sa gentillesse et sa disponibilité.

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