Live Report – Saint-Paul Soul Jazz Festival

Crédit - Yannick Mazellier

Crédit – Yannick Mazellier

Du 13 au 16 juillet 2017 se déroulait la douzième édition du festival Saint-Paul Soul Jazz, rendez-vous immanquable pour tous les siphonnés de Soul et de Funk aux quatre coins de l’Europe. C’est devenu une habitude : chaque année, quelques-uns des plus fins limiers du circuit viennent fouler la scène de Saint-Paul, petit village niché au cœur de la Drôme Provençale. Et à cadre singulier, festival exceptionnel. On y était, et on vous raconte tout.

Crédits photo : Yannick Mazellier

21h30 : alors que le soleil commence à décliner, un sacré brin de femme étourdit immédiatement le public. Michelle David débarque sur scène avec une fougue qui sera le leit-motiv de sa performance. Pas de bondieuseries ici, prévient-elle. Ou si, quelques-unes, mais arrangées à son goût.  « Ce n’est pas le gospel de « Happy Days » ! Est-ce que vous être prêts à devenir funky ? » Et funky ce fût ! Tandis que la batterie martèle le rythme et que les percussions s’élèvent, sa voix s’envole aussi, tout là-haut, au-dessus de la tour du château de Saint-Paul qui perce l’horizon. « Montez, ne restez pas sur le côté » ordonne-t-elle à une congrégation déjà brûlante, donnant corps au sentiment de communauté si cher à la musique sacrée. Au cours d’un concert qui mêle par moments le blues et le rock (« Ain’t No Grave » et ses superbes solos de guitare) et réinterprète brillamment des classiques gospel (« 99 and ½ »), la chanteuse et ses musiciens enveloppent tout d’un feeling à la fois sexy et d’une telle intensité émotionnelle que l’athée le plus forcené se surprendrait à hurler « Hallelujah » à tout bout de champ (croyez-en mon expérience). « Je suis un petit bout de femme mais j’ai une grande bouche ! ». Bon sang, oui ! En guise de final ? Un spiritual tout en retenue. De quoi baptiser définitivement Saint-Paul.

Crédit - Yannick Mazellier

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C’est peu dire si les Poets Of Rhythm, apôtres du revival funk des années 90, étaient attendus à Saint-Paul. Lunettes noires de rigueur, ceux-ci débarquent sur scène alors que la soirée est déjà bien avancée et entament leur set avec une envie que l’on ne retrouvera hélas pas sur le reste de leur performance. Leur « Serengeti Soul » est certes délicieusement lascive, avec cet orgue qui se coule sur la mélodie et enveloppe le tout dans du velours, mais leur « Funky Train » ne parvient pas à traverser le concert avec une intensité constante. Pourtant, les cuivres, omniprésents, qui tapissent le groove, et les multiples couches rythmiques marquées par des envolées psychédéliques, réveillent brièvement un public par ailleurs relativement peu réceptif. Et si l’on aurait apprécié un peu plus de prise de risque (notamment de la part du bassiste, souvent un rien effacé), restent des moments d’éclats, notamment quelques solos à la flûte et à l’orgue, qui rappellent pourquoi les Poets sont une formation si respectée, pénalisée depuis plusieurs années de nombreux changements de personnel.

Crédit - Yannick Mazellier

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Le premier concert de la deuxième soirée (vous suivez ?) à Saint-Paul est placé sous le signe de la découverte. Peu connus en France, les Mighty Vamps arrivent directement de Madrid où leur Deep-Funk rappelant Boogaloo Joe Jones ou The New Mastersounds enflamme depuis un bout de temps la scène funk  espagnole. Rebelote, dans la Drôme cette fois, où quatuor livre une performance pleine d’une bonne humeur communicative et d’un sacré sens du rythme. L’orgue est ici le gardien du groove, jouant avec la batterie dans un jeu de call-and-response auquel une guitare et sax alto se joigne volontiers, jamais sans s’arrêter de sourire. « C’était un rêve pour nous de venir jouer ici » répètent-ils à plusieurs reprises, presque étonnés de se trouver sur scène. Et  tandis que le public crie « We want the funk ! » pour les faire revenir après leur dernier morceau, les Mighty Vamps s’exécutent, et l’on s’incline devant une nouvelle génération qui n’a rien à envier à ses aînés.

Crédit - Yannick Mazellier

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Tête d’affiche du festival et figure de la scène anglaise, Myles Sanko a déjà deux albums et un EP à son actif lorsqu’il se présente sur scène. Largement de quoi tenir en haleine un public chauffé à blanc par le deep funk Madrilène à peine trente minutes plus tôt. Pas d’orgie rythmique ici, mais plutôt un éloge de la douceur. L’homme a fait les premières parties de Gregory Porter, et cela se ressent, notamment au niveau de la voix et d’arrangements qui flirtent souvent le jazz. Professionnel jusqu’au bout du falsetto, il livre une performance tout en maîtrise, soutenu par des musiciens toujours précis dans leur approche mélodique. « J’ai besoin de vous, plus que vous ne le pensez » chante-t-il en sondant l’audience, l’invitant à partager avec lui près de deux heures en forme de célébration de l’amour sous toutes ses formes. Jamais cliché, occupant tout l’espace, Myles Sanko se paye même le luxe de reprendre « What’s Going On » et « Mercy, Mercy Me »  de Marvin Gaye, avec qui il partage d’ailleurs un charisme certain et une voix capable d’envolées élégantes. « I’m just being Me » dit-il, et ça suffit amplement.

Une performance chaleureuse et pleine de « bonnes vibrations » comme il le souligne plusieurs fois, qui vient conclure une deuxième soirée entre funk sauvage et soul chaloupée.

Pas de doute, Saint-Paul Soul Jazz sait faire bouger son monde.

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