Live Report – Pomme + Ben Mazué

pomme-chanteuse-interview-660x373Ces deux concerts ont eu lieu à l’Heure Bleue, à Saint-Martin D’Hères, dans le cadre du festival Holocène

Elle n’a besoin de personne, Pomme, tout au plus d’une guitare et de sa fidèle auto-harpe : son magnétisme s’occupe du reste. C’est un petit bout de femme avec une voix féerique, un elfe menu aux textes habillés de tristesse. Elle est troublante, cette chanteuse, parce qu’elle happe et occupe l’esprit, parce qu’elle ne semble pas avoir d’âge, lorsqu’elle laisse partir sa voix puis la fait trembler avant de la ramener sur terre. Ses mots sont ceux d’une femme qui semble avoir vu passer mille vies devant ses yeux, habités d’une mélancolie que seul le manque peut susciter. Pourtant, son allure et son apparente fragilité sont celles d’une jeune adulte qui observe le monde sans parvenir à le comprendre. Ce n’est pas vraiment qu’elle est hors du temps, Pomme, c’est juste qu’elle semble parvenir à l’arrêter.

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Ben Mazué, lui, a le mot tendre, les rimes élégantes. Le charisme discret. Il est là, mais sans trop en faire. Émouvant, sans tomber dans le tire-larme, avec sa voix parfois fébrile et si imagée. Et si l’émotion prend souvent le dessus, jusqu’à devenir le pivot autour duquel tout s’articule, elle est vite happée par un trait d’humour, touchant, comme cet homme qui semble découvrir la vie avec l’étonnement d’un petit garçon. Car il se livre, Ben Mazué, sans détour, mais en empruntant de nombreux virages en cours de route. Il raconte une histoire, pas la sienne, celle d’un autre, Vincent, héros d’un film, La Princesse et le Dictateur dont il tourne lui-même les images. Il se met en scène,  rit de sa maladresse, ouvre son cœur de « chamallow » et laisse fleurir des histoires d’un amour parfois perdu ou érodé par les années qui défilent, mais toujours latent. Elle ne se finit pas vraiment, l’histoire de Ben Mazué, puisqu’elle s’écrit un peu plus chaque jour. Elle dévoile ses chapitres au gré d’un regard, d’une caresse, d’un rire que l’on voudrait plus sincère, d’un baiser qu’on rêve éternel. Comme ces quelques textes éphémères que l’on voudrait capturer pour les garder près de nous. Alors que les souvenirs se dévoilent, et que le quotidien prend le dessus sur une illusion de réalité, les relations amoureuses tourbillonnent, chancellent, se relèvent parfois, doutent souvent. A l’instar de son homologue Gaël Faye, auquel il rend d’ailleurs hommage en reprenant quelques rimes du titre « Ma Femme », Ben Mazué possède le don de chanter des histoires profondes avec des mots simples. Ses phrases et ses vers sont courts, précis, possèdent le rythme enlevé du rap et la douceur d’un poème. Si le spectacle est si singulier, c’est qu’il n’est pas un concert à proprement parler : plutôt une galerie de personnages, avec leurs certitudes et leurs désillusions, leurs forces et les obstacles qui les déstabilisent. Sur la scène de l’Heure Bleue, à Saint Martin D’Hères, c’était drôle, c’était tendre, fragile, triste, bancal, utopiste. C’était sincère et surtout, surtout…C’était « vivant ».

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