Les tops de la rédaction #5 : Morgan Henry

Voilà que se referme une nouvelle année culturelle globalement riche et variée, marquée par quelques oeuvres charnière mentionnées ci-dessous. Si je regrette de ne pas avoir eu « le » gros choc annuel dans les salles obscures, les dix films présentés ici témoignent tous de l’excellent état de santé du cinéma à la fois français (Petit Paysan, 120 BPM…) mais aussi étranger. Pour ce qui est de l’actualité musicale, comme souvent, c’est en creusant que l’on déniche les perles rares. Fouiller, écouter, défricher, coller son nez et ses oreilles un peu partout. Puis digérer et enfin partager, répandre. Là encore, les quinze “top” disques que voici prouvent qu’à l’heure de Tidal et Youtube, certains artistes sont encore capables de créer une oeuvre totale, en s’affranchissant de la loi des singles. Merci à eux. 

Cinéma

lost city1 – The Lost City of Z, de James Gray

Des pirogues, des terres hostiles, la jungle, une quête. Avec cette longue épopée de 2h21, James Gray réalise sans conteste l’un des plus grands films de 2017, et offre à Charlie Hunnam et Robert Pattinson un rôle en or massif.
Courage, abnégation, quête de l’impossible, famille, trahison, The Lost City of Z aborde tous ces thèmes et brille par la maestria formelle du réalisateur new-yorkais. Du cinéma à l’état brut.

lalaland2 – La La Land, de Damien Chazelle

Il y a d’abord eu cette scène introductive qui a fait flipper tout le monde. Puis rapidement, la musique, l’amour du jazz, a tout emporté. En plus de déclarer sa flamme à un genre musical né il y a plus d’un siècle, Damien Chazelle fait de son duo d’acteurs (Gosling/Stone, géniaux) un couple de cinéma dont on se souviendra longtemps.
La La Land est une étoile sur Hollywood Boulevard, un bonbon acidulé, un rêve. Chapeau, les artistes !

120 bpm3 – 120 battements par minute, de Robin Campillo

En dépit d’une dernière demi-heure suffocante, ce que réalise Robin Campillo dans la première moitié de son film relève du prodige. En choisissant de filmer les AG de l’intérieur, et en donnant la parole à ceux qui les mènent (les activistes d’Act Up Paris), le réalisateur insuffle une vitalité salvatrice à son œuvre.
Toujours sur le fil, 120 battements par minute évite tous les écueils du film de bande à l’issue tragique. Succès mérité.

petit paysan4 – Petit Paysan, de Hubert Charuel

Quelques vaches, un éleveur, une sœur vétérinaire et une épidémie menaçante.
Il n’en fallait pas plus à Hubert Charuel pour livrer “le” thriller français de l’année. En 1h30, le metteur en scène parvient à poser une problématique et à y répondre grâce à une maîtrise scénaristique absolue.
Rien ne déborde dans Petit Paysan : tout est à sa place où il faut, quand il faut. Et Swann Arlaud crève l’écran. Strike !

get out5 – Get Out, de Jordan Peele

Nouvelle bombe scénaristique venue cette fois-ci d’Amérique, Get Out débute comme une petite bluette sympathique avant de virer survival gore et anticonformiste. Là où le scénario de Grave semblait cousu de fils blancs, celui de Get Out trimballe le spectateur dans tous les sens avant de l’abandonner le long d’une route de campagne, le souffle coupé.
Un sacré bordel qui fait parfois penser à Shutter Island pour le côté anxiogène et machiavélique.

the florida project6 – The Florida Project, de Sean Baker

Véritable objet pop, The Florida Project nous traîne dans l’Amérique des classes moyennes, et plus précisément dans un motel miteux où règnent junkies, cas sociaux et une horde de gamins prêts à tout pour tuer le temps. Dans ce capharnaüm, Willem Dafoe, que l’on a rarement vu aussi attachant, joue le rôle d’arbitre et de catalyseur. L’Amérique, la banlieue, les centres commerciaux, l’ennui, la jeunesse… Sean Baker frappe juste, frappe fort, et révèle surtout l’incroyable Brooklynn Prince, sept ans et des poussières.

good time7 – Good Time, de Josh et Benny Safide

Après le second rôle de The Lost City of Z, Robert Pattinson se retrouve cette fois en première ligne de ce film 100% new-yorkais. Accompagné par son frère handicapé mental (le réalisateur Benny Safide), il cherche à se dépatouiller d’un braquage qui a mal tourné. Grâce, aussi, à la bande-son ultra solide signée Oneohtrix Point Never, les frères Safdie réalisent un film assez proche de l’univers de Larry Clark et Harmony Korine. Pas franchement révolutionnaire, mais toujours réjouissant.

coco8 – Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina

Après Vice-Versa, Coco. Fourmillant d’idées et de rebondissements, la nouvelle pépite des studios Disney/Pixar rejoint le chef-d’oeuvre de Pete Docter au rang des sommets de scénario. Coco, c’est l’histoire de cette vieille abuelita mexicaine et de cet enfant (Miguel, un brin agaçant) qui va faire une excursion dans le royaume des morts pour tenter de raviver les souvenir de ses ancêtres. C’est brillant, c’est beau (contrairement aux personnages de Vice-Versa) bref, ça donne envie de regarder des dessins-animés toute la vie.

les derniers9 – Les Derniers Parisiens, de Hamé et Ekoué

Pigalle. Les néons des sex-shops. Sa faune. Ses petites combines. Son macadam. Qui d’autre que Hamé et Ekoué pour filmer l’un des quartiers les plus emblématiques de Paris ? À travers ces Derniers Parisiens campés par Reda Kateb et Slimane Dazi, c’est toute l’imagerie de La Rumeur qui resurgit (vie nocturne, valeurs familiales, débrouillardise). En dignes héritiers de Melville et Audiard, les rappeurs/cinéastes prouvent, avec ce premier long-métrage, qu’il faudra désormais compter sur eux dans les années à venir.

problemos10 – Problemos, de Eric Judor

Flop retentissant en salles (moins de 200 000 entrées), Problemos est pourtant d’assez loin le film le plus drôle vu en 2017. Passé maître dans l’art d’incarner le quadragénaire capitaliste un brin neu-neu, Eric Judor se paye ce coup-ci le milieu écolo-zadiste sans oublier l’autodérision entrevue dans l’excellente série Platane.

Manque plus qu’à convaincre les bonnes personnes, et le statut de “film culte” devrait prochainement être atteint.

Musique


Ariel Kendrick King1. Ariel Pink – Dedicated to Bobby Jameson

Ariel Rosenberg numéro 1 du top Buggin. Comme une évidence. Mais aussi la meilleure des réponses face à un chantage à l’antisémitisme.

2. Kendrick Lamar – Damn

Tout Californien qu’il soit, il y a du Nas chez le minot de Compton. Et en attendant de lâcher son “Hate Me Now”, Kendrick reste bloqué sur Illmatic. Pourvu que ça dure.

3. King Krule – The Ooz

Le mec il est trop loin parce qu’il est sur sa propre autoroute. Et il est tout seul sur son autoroute”, disait Myth Syzer à propos d’Hamza. Faudra bien faire gaffe à l’Anglais qui arrive en Porsche Cayenne juste derrière, par contre.

slide24. Marietta – La Passagère

De la shit à la top, il n’y a parfois qu’un pas. Parait que c’est nul en live ? Pas grave. Guillaume Marietta a composé les neuf plus belles chansons françaises de 2017. Alibi.com.

5. Kamasi Washington – Harmony of Difference

En mai 2015, Kamasi Washington sortait The Epic, un album-monstre de presque trois heures. À côté, Harmony of Difference et ses 32 minutes passe pour un amuse-gueule. Un toast, oui, mais nappé de caviar. Diamants sur canapé.

6. Lloyle Carner – Yesterday’s Gone

Des faux airs de Sully Sefil, les dreads et les tâches en moins. Du haut de ses 23 printemps, l’Anglais donne à voir, et à entendre, un rap technique et mélodieux proche de son voisin Irlandais Rejjie Snow. Bravo pour ça, et la pochette.

slide37. Kevin Morby – City Music

La preuve qu’on peut s’appeler Kevin, assumer, et réussir tout aussi bien.

kevin8. Slowdive – Slowdive

Puissant, noble, à la fois charpenté et équilibré. Peut convenir avec tout type de mets, voire en apéritif, si tant est qu’il soit servi dans son écrin d’origine. Slowdive 2017, cru classé.

9. Fishbach – À Ta Merci

Douze titres, 42 minutes, rien à jeter. Ca finira peut-être comme Fauve dans un ou deux ans : en queue de poisson. Mais pour l’heure, on se ressert. Merci papy Brossard !

slide 410. Damso – Ipséité

En 2017, Damso place définitivement la Belgique sur l’échiquier du rap-jeu. Et fait rentrer Philip K. Dick dans ma bibliothèque. Sale.

11. Brother Ali – All the Beauty in This Whole Life

Tous les matins, Ali Rebeihi anime le 10/11h sur France Inter. Tous les 3-4 ans, Brother Ali distille des albums quasi parfaits depuis son Wisconsin natal. Grand bien nous fasse !

12. Roc Marciano – Rosebudd’s Revenge

La caniveau, les ruelles sombres, les pigeons shootés sur la chaussée. Et puis la Soul qui brûle, qui crépite, derrière la voix rauque de Marci. Solide comme un Roc.

slide513. Thundercat – Drunk

Si tu veux penser comme un chat, tu dois manger comme un chat”. Thundercat assume cette maxime et compose un album pour les hommes, à travers les chats. Complexe, mais l’idée en vaut la chandelle. Au fait, les clefs sont dans la poche gauche.

14. Call Super – Arpo

Peut-on encore qualifier cela de musique électronique ? Après tout, Pharoah Sanders est bien programmé aux Nuits Sonores…

15. Actress – AZD

La musique électronique version 2017 : complexe, racée, limpide. Une main de fer dans un gant de velours.

Shitlist

les fantomes d'ismaelLes Fantômes d’Ismaël, d’Arnaud Desplechin

Pire qu’un Angers-Metz en janvier sous la flotte, Les Fantômes d’Ismaël est une purge sans nom, un film nombriliste, inutile et mal interprété.
À placer quelque part entre La Loi du Marché  et Le Dernier Vol.

Bonus : la version longue de 2h15.

a beautiful dayA Beautiful Day, de Lynne Ramsey

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? En voulant donner de la profondeur à son récit, Lynne Ramsey se vautre dans une histoire de rédemption grotesque que ne peut sauver le valeureux Joaquin Phoenix.
Scorsese et son Taxi Driver peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

MoonlightMoonlight, de Barry Jenkins

Quitte à rater un film, autant réussir la fin. C’est tout l’inverse avec le grand gagnant des Oscars 2017 qui débute pourtant pas mal (ambiance ghetto à la Spike Lee, relation père/fils crédible) et se termine en coming out foireux.
Trois segments à la qualité décroissante dont on ne retiendra quasiment rien.

arcadeArcade Fire – Everything Now

Sévère ? C’est volontaire. La raison ? J’ai lâché 60 boules pour aller les voir fin avril…

jay zJay-Z – 4:44

En 2017, Jay-Z invente la Soul sans âme. La vie commence à 48 ans.

samphaSampha – Process

Synonymes : “Non merci !”, “Samphaçon !

phoenixPhoenix – Ti Amo

On a bossé des mois pour trouver le ton et la couleur de cet album influencé par nos souvenirs de l’Italie”. Thomas Mars, Arnacoeur.

the xxThe XX – I See You

Magic l’a mis en couv. Alors comme à chaque fois, j’ai essayé, essayé, réessayé. Rien, pas la moindre accroche sur un refrain. The XX est un groupe exsangue, sans âme. Une méduse échouée sur une plage bretonne au mois d’août.

grizzly bearGrizzly Bear – Painted Ruins

Une bouse, un chef-d’oeuvre, une bouse… Putain d’années impaires.

damian marleyDamian Marley – Stony Hill

Le dancehall était très à la mode en 2017. Sauf chez ceux qui l’ont crée.

rohffRohff – Détrôné

Oui, j’ai dépensé 50 euros pour Le Code de l’Honneur. Lâchez-moi avec ça.

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