Les albums du mois de janvier

sekundensclafтпсб  – Sekundenschlaf [Blackest Ever Black]

À la contrée de la frontière russo-finlandaise, un projet bien mystérieux s’est formé sur le non moins éclectique label Blackest Ever Black. On s’affaire tout le long à une jungle éthérée et futuriste associée à une techno ambient d’une beauté imparable. Et quand il s’agit de breaker, тпсб, abréviation russe de Dark Past Bright Future, n’y va pas de main morte. Le climax “Are You Still Hurt – Pacifier Habits” est là pour le rappeler. Album du mois ? Oui. Album de l’année ? Il sera confortablement au chaud en attendant les tops de décembre. Junglist for loveSM

À écouter >> https://blackesteverblack.bandcamp.com/album/sekundenschlaf

EindkrakEindkrak – Brullend Staal [Unknown Precept]

Tu aimerais simplement passer un week-end dans une cave troglodyte près de Louresse-Rochemenier pour profiter de l’humidité ambiante mélangée au précepte des lueurs de l’été ? Dommage pour toi, le troglo est géré d’une main de fer par le métallique label Unknown Precept, et votre serviteur sera pour vous Eindkrak. Baston vocale d’écho (“Three Part Shell”, “Holy of Holies”) et stalactites industrielles (“Night Time Rabbit”, “Vrijwel Nihil”) dans vos gueules de fanzouzes d’electro-EBM. Votre semaine de repos va s’apparenter à un véritable enfer. SM

À écouter >> https://unknownprecept.bandcamp.com/album/brullend-staal

evidence weather or notEvidence – Weather Or Not [Rhymesayers Entertainment]

Que le temps semble long entre deux albums d’Evidence. Muet depuis 2011 et la sortie de l’immense Cats & Dogs (si l’on excepte Lord Steppington avec The Alchemist et Directors of Photography avec les Dilated), Mr. Slow Flow revient en ce début d’année avec le très attendu Weather Or Not censé clôturer sa trilogie d’albums “météorologiques”. Entouré comme d’habitude du gratin des producteurs dits boom-bap (The Alchemist, Nottz, Babu, Premier, Evidence lui-même), Ev’ ne bouleverse pas les lignes de son rap brumeux et toujours aussi cinématographique. La plume trempée dans le bitume, le Weatherman nous compte ses petites histoires de rues, sa vie de père, de gangster et ne cesse de nous rappeler à longueur de beats que le hip-hop rythme son existence. Si les productions s’avèrent classiques (“10,000 Hours”, du Primo pur jus), on reste bluffé par la propension qu’a Evidence à choisir des instrus qui lui collent à la peau. Sans surprise ni aucune faute de goût, le leader des Dilated Peoples offre un projet d’une qualité certaine qui devrait nous rassasier en hip-hop pour le restant de l’hiver. MH

À écouter >> https://www.youtube.com/watch?v=ctjDoAp3GVI

memorexMemorex – People Of The Wind [white label]

Trois jours de production sur Bruxelles, un cinq titres pour un album extra-atmosphérique. Oui, Memorex joue avec le ciel et parle aux cimes déjà formés par Biosphère, The Caretaker ou Brock Van Wey. On touche à la fois la pureté stratosphérique sur la partie “III”, on amorce la grisaille de l’orage sur la “IV”, mais dans l’ensemble, on regrette en rien notre ticket vers les cirrus et les stratus de ce “peuple du vent”. SM

À écouter >> https://memorex.bandcamp.com/album/people-of-the-wind-belgian-ambient-works

pendantPendant (aka Huerco S) – Make Me Know You Sweet [West Mineral]

Mais qui peut stopper ce bon vieux Huerco ? Dans la lignée de son déjà cultissime For Those of You Who Have Never (And Also Those Who Have), Brian continue d’explorer les limites de la musique ambient au point de les repousser sans cesse. Nouveau label pour nouveau projet ? Faites place à Pendant et West Mineral dont la première sortie MMKYS met la barre très haute. Ensemble plus anxieux, texture brumeuse, l’album n’est pas moins une vraie lumière d’expérimentations sonores (“IBX-BZC”, “OXI-GKK”). Avec une véritable admiration pour “KVL-LWQ” en duo avec Pontiac Streator, un chef-d’œuvre de nappes enfumées derrière des percussions ‘bleep’iques. Huerco S., des sensations pures. SM

À écouter >> https://westmineral.bandcamp.com/album/make-me-know-you-sweet

shame songs of praiseShame – Songs of Praise [Dead Oceans]

On avait laissé les cinq garçons sauvages de Londres dans une Nouvelle Vague surchauffée lors de la Route du Rock hiver 2017. Un an plus tard, les voici de nouveau au premier plan à l’occasion de la parution de leur debut album chez Dead Oceans (Destroyer, Kevin Morby, Slowdive). Sobrement intitulé Songs of Praise (Chansons de louange, en VF), ce premier opus laisse entrevoir une partie de l’énergie qui habite ces gamins du sud de Londres. Décidés à en découdre dès le morceau d’intro (“Dust on Trial”, petite bombe de noirceur à la The Soft Moon), la fougue se confirme tout au long des trente-neuf minutes de ce disque brut de décoffrage. Alternant rythmes post-punk (“Concrete”, “Tasteless”), darkwave et garage-rock avec une maitrise certaine, Shame prouve qu’il n’est pas seulement un groupe bon pour foutre le bordel et balancer de la bière sur la foule. Bien entendu, il ne serait rien sans la voix et la figure de son frontman, Charlie Steen, qui s’époumone à longueur de disque et de concert. Si tout n’est pas parfait dans Songs of Praise, l’album a le mérite d’offrir à celui qui l’écoute un aller simple pour l’Angleterre, son climat morose et l’atmosphère unique de ses pubs. Rien que pour ça, on a envie de dire “merci”. MH

À voir >> Shame à La Route du Rock 2017

ty segallTy Segall – Freedom’s Gobelin [Drag City]

Le Septième Art a Woody Allen, le rock a désormais Ty Segall. En suivant le rythme soutenu d’un projet (minimum) par an, le rockeur californien nous revient cet hiver avec un disque au visuel psyché sur lequel semblent se croiser Conchita Wurst et Mac Miller. Passées ces analyses graphiques, nous voilà face à un disque-somme de dix-neuf morceaux (triple LP, 1h15) qui rejoint en bien des points l’excellent Manipulator sorti en août 2014. Bien moins distordu que Emotional Mugger, rarement aussi garage que ses side-projects Fuzz, Freedom’s Gobelin va davantage chercher vers le classic-rock voire le bluegrass à l’image du très cool “Cry Cry Cry”. On ne va pas se le cacher, avec cet album, le Californien est très proche du Ty Segall que l’on préfère. Celui capable de toucher la corde sensible comme sur “Rain” ou “I’m Free” puis d’envoyer le bois trois minutes plus tard après un violent coup de pédale (“Meaning”, “She”). Jamais à court d’idées, le trentenaire est capable de fulgurances (“And, Goodnight”) qui nous laissent parfois penser qu’il n’est pas loin d’atteindre le Rock and Roll Hall of Fame. L’avenir nous le dira, mais pour l’heure, n’en perdons pas une miette. MH

À écouter >> https://www.youtube.com/watch?v=2vJ3vk2sCdc

Par Morgan Henry et Samuel Manas

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