La grosse critique : In The Fade, de Fatih Akin

Astrid Bard et Mickaël Madar

Astrid Bard et Mickaël Madar

L’histoire en trois phrases : Fraichement mariée, Katja dépose son fils de cinq ans dans le bureau où travaille son mari Nuri. Une journée banale, jusqu’à ce que le portable de Katja sonne et qu’on lui annonce qu’une bombe vient d’exploser devant le bureau en question. Seule face au drame, elle va alors chercher à venger ses deux amours.

Notre avis en trois phrases : Bon film du dimanche soir, In The Fade ne se distingue en aucun cas pour ses qualités d’écriture. Divisé en trois segments (la famille, la justice, la vengeance), l’intrigue se met correctement en place lors des deux premiers avant que les dernières vingt minutes ne viennent plomber un récit qui manquait déjà cruellement de finesse. Au milieu de ce film noir, Diane Kruger livre une prestation juste sans pour autant nous bouleverser.

La scène : En dépit d’un scénario écrit avec des moufles (bien vu Marie Sauvion), quelques scènes bien menées permettent au film de se tenir d’un point de vue dramatique. On choisira de mettre le doigt sur l’excellente scène de procès durant laquelle les deux avocats (Denis Moschitto, très bon) se livrent une bataille d’arguments pour tenter de faire pencher l’avis des juges. Sans doute le meilleur moment du film.

Le plan : Un plan se distingue du film et servira de point d’encrage pour l’enquête à venir ; En sortant du bureau où elle vient de laisser homme et enfant, Katja croise le regard d’une jeune femme, blonde et menue, et lui somme d’attacher son vélo flambant neuf. Où comment la vie peut basculer en un battement de cils.

À quel moment atteint-on le point Godwin ?

Si le nouveau film de Fatih Akin est si pataud, c’est aussi parce que l’Allemand prend soin de n’éviter aucun cliché concernant le passé douteux de son pays. Ainsi, on met moins qu’une demi-heure à comprendre que l’attentat a été perpétré par un couple adorateur de l’idéologie nazie. Bien entendu, ces jeunes gens sont deux Allemands blancs, blonds, inexpressifs et l’homme est peigné tel un bon Führer des familles. Et la victime s’appelle Nuri.

Et Diane Kruger dans tout ça ?

Souvent oubliée ou reléguée au second plan, l’Américano-Allemande est ce coup-ci la pierre angulaire d’un thriller fait pour elle et grâce à elle. Jouant très souvent sur la corde sensible, l’actrice récompensée au dernier Festival de Cannes a le mérite de ne pas se noyer dans un surjeu pompeux et gênant. Distante et glaciale comme tout bon germain qui se respecte, “Die Anne” est juste et précise. De là à parler de rôle d’une carrière…

Peut-on raccorder In The Fade à la nouvelle vague du cinéma allemand ?

Au moment de la sortie du brillant Toni Erdmann en 2016, il a été beaucoup question du renouveau du cinéma allemand affilié à ce que l’on a coutume d’appeler “l’École Berlinoise”. Parmi ces cinéastes à la fraîcheur certaine, Maren Ade et Christian Petzold font office de porte-étendard. Or si les anciens films de Fatih Akin comme Head-on ou Soul Kitchen pouvaient se rapprocher de cette veine auteuriste, In The Fade n’apporte rien de neuf d’un point de vue formel et scénaristique. Plutôt Golden Globes que Berlinale, donc.

Faut-il débourser 8 euros pour In The Fade ?

Plaisant à regarder de part sa qualité d’interprétation et une intrigue qui tient en haleine, In The Fade est un bon film du samedi ou dimanche soir. En aucun cas intellectualiste ou ronflant (oubliez le côté “primé à Cannes”), on y va pour savourer un thriller efficace qui ne marquera pas le genre pour autant. Privilégier une séance nocturne car, c’est bien connu, l’Allemagne est sombre, austère et il y pleut tout le temps.

Conseillé à ceux qui ont aimé : Contre Enquête, Philadelphia, La Guerre est Déclarée

In The Fade, de Fatih Akin. Avec Diane Kruger, Denis Maoschitto, Numan Acar, Samia Muriel Chancrin. En salles depuis le 17 janvier. 1h46.

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in the fade

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