La grosse critique : Grave, de Julia Ducournau

grave sceneL’histoire en quatre phrases : Justine est une fille et une élève modèle. Comme sa famille, Justine est végétarienne. Jusqu’à cette arrivée et ce bizutage à l’école vétérinaire où elle va devoir avaler un rein de lapin cru. Un acte qui ne tardera pas à réveiller le côté “animal” de la jeune fille.

Notre avis en trois phrases : Tout ça pour ça ! Certes, Grave a l’immense mérite de mettre en lumière un pan du cinéma totalement oublié dans notre pays, mais que d’excitation (et d’attente !) pour se retrouver avec un film finalement assez politiquement correct. Preuve que le genre est bien peu de chose en France pour faire de Grave un film charnière.

La scène : En bonne fan de Carpenter, Julia Ducournau n’a pas hésité à parsemer son film de scènes références. Parmi les plus réussies, citons celle qui intervient au cœur du film et qui va faire basculer pour de bon la jeune fille dans le cannibalisme. Sans rien déflorer de l’intrigue, Justine va se retrouver nez à nez avec un bout de chair humaine. Si son esprit lui conseille de reposer la chose, ses sens, eux, lui ordonnent de manger le tout jusqu’à l’os. Partagée entre la peur d’être vue et l’excitation provoquée par le sang, Garance Marillier semble tout à coup aussi possédée que son personnage.

Le plan [Alerte spoiler !] : Beaucoup reviendront sur le tout dernier, mais nous préférons évoquer ce plan large où l’on voit Adrien (Rabah Naït Oufella) gisant au milieu de son lit d’étudiant, la cuisse rongée jusqu’à l’os par cette enfant qui n’en revient pas elle-même de ce qu’elle vient de faire. Connaissant parfaitement les codes du genre, Julia Ducournau a apposé à ce plan une musique bien stridente qui accentue l’effet de surprise et d’horreur.

Les malaises à Toronto étaient-ils justifiés ? En revisionnant cette vidéo faite au sortir de la projection cannoise d’Irréversible en 2002, on comprend que le film de Noé ait pu choquer les esprits. Pas Grave. Quand Gaspar Noé persiste à filmer l’insoutenable (la scène du cassage de gueule dans Irréversible par exemple), Ducournau se contente de quelques cloques et coupures corporelles assez supportables. Rien de traumatisant en soi, sauf pour ceux qui tournent de l’œil à la simple vue d’une goutte de sang.

Julia Ducournau, l'air grave

Julia Ducournau, l’air grave

Où placer Grave sur la carte du cinéma de genre ? Alors que le cannibalisme est un genre traité au cinéma depuis une bonne soixantaine d’années, rares sont les films ayant réellement su traverser les décennies (hormis quelques cas comme Cannibal Holocaust, Soleil Vert ou Le Silence des Agneaux). Particulièrement peu exploité en France, le genre a toutes les chances de voir naître un nouveau classique d’ici quelques années tant Grave donne l’impression d’avoir marqué son temps. Couvertures de magazines, presse dithyrambique, bon accueil en salles (Grave a franchi le cap des 100 000 entrées sans difficulté et semble promis à un bel avenir international), Julia Ducournau peut se féliciter d’avoir fait carton plein avec un film de genre. Alors oui, le cinéma s’en souviendra.

Vient-on d’assister à la naissance d’une grande réalisatrice ? Si Grave fourmille de bonnes intentions (la typo, la musique finale, les scènes de beuveries entre étudiants), on s’attendait tout de même à une mise en scène plus imaginative (au niveau de la photo, des jeux de miroir et des codes mêmes du cinéma d’horreur) et à un scénario plus creusé après avoir entendu tant d’éloges. Pour nous, impossible de dire, après seulement 1h38, si Julia Ducournau sera la Dario Argento de demain. Mais une chose est sûre, avoir de bons référents ne fait pas forcément de vous un grand cinéaste.

Faut-il dépenser 8 euros pour Grave ? : Tous les férus de cinéma de genre attendaient cette sortie depuis un an, soit le moment où il a été projeté et acclamé sur la Croisette. Or vu le pourcentage infime de films de cette frange (on parle ici du cannibalisme) réalisés en France, on aurait tort de vous déconseiller d’y aller. Oui, il faut encourager ce cinéma car 1) Il est souvent très compliqué à produire 2) C’est une prise de risque artistique et financière 3) Il faut être prêt à affronter la censure, le puritanisme des spectateurs et, donc, à finir avec 30 000 entrées. Voyez Grave, partagez Grave, même si, d’un point de vue purement formel, on a vu mieux.

Grave, de Julia Ducournau. Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss. En salles depuis le 15 mars 2017.

Grave Julia Ducournau

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