La grosse critique : Elle, de Paul Verhoeven

Paul Verhoeven et Isabelle Huppert, pas au top

Paul Verhoeven et Isabelle Huppert, pas au top

L’histoire en trois phrases : Perturbée par une vie de famille particulièrement agitée, Michèle, boss d’une grosse entreprise de jeux vidéo, se fait violemment agresser à son domicile. Sûre de sa force, elle décide de se faire justice toute seule, sans prévenir ni ses voisins, ni la police. Jusqu’à ce qu’un jeu pervers se mette en place.

Notre avis en trois phrases : Paul Verhoeven donne à voir, avec Elle, ce que le cinéma français ne propose quasiment jamais, à savoir une comédie outrancière et pince-sans-rire maquillée en thriller haletant. Sur ce point, Elle est un pied de nez parfait au « confort princier » dans lequel évoluent généralement nos acteurs et dont Chro parle très justement. Difficile, cependant, d’être aussi enthousiaste que l’ensemble de la presse française devant ce film certes réussi, mais tout de même un poil ronflant.

La scène : L’un des soucis du film est peut-être, justement, de manquer de scènes marquantes. Un passage résume tout de même bien l’atmosphère globale : juste avant Noël, Michèle organise un dîner avec sa famille, ses voisins et quelques amis. Autour de la table, les langues se délient et laissent place à des situations tantôt gênantes, drôles ou tragiques. Un cocktail mixant humour noir, sexe et violence assez représentatif du seizième film du Hollandais.

La vanne : Vous jugerez par vous-même : Elle est plus proche de la bonne grosse farce que du drame anxiogène qu’on tente de nous vendre. Pendant 2h10, Verhoeven s’amuse à brouiller les pistes et à nous perdre dans un jeu de dupes où fusent les blagues. La meilleure ? Au moment de répandre les cendres d’une personne dont on taira le nom, Michèle s’interroge sur l’endroit idéal. Réponse d’un autre : « On avait fait un pique-nique par-là une fois, c’était cool ». Lolance.

Le derrière des choses

Le derrière des choses

Isabelle Huppert est-elle la plus grande actrice du monde ? Plus que le film en lui-même, c’est surtout la paire Verhoeven/Huppert qui a bluffé les festivaliers sur la Croisette. Littéralement habité par son héroïne, le film repose intégralement sur les faits et gestes de l’actrice qui rythme de bout en bout la mise en scène du Hollandais. Si les seconds rôles font tous le job (mention spéciale à la grosse gueule de Lafitte), c’est bien Elle, Huppert, qui apparaît comme le prolongement du réalisateur. Et qui porte le film à bout de bras, donc.

En quoi Verhoeven bouscule-t-il les codes du cinéma français ? Un casting pareil va déplacer les foules. Or, le plus drôle va être de voir des lecteurs de Mad Movies partager leur rangée avec ceux de Télérama et ceux de Ouest-France parce que « oh, tiens, un nouveau film avec Isabelle Huppert et Charles Berling ! ». Sauf que Paul Verhoeven est un obsédé du cul, un pervers narcissique et a accessoirement fait lécher une barre de strip-tease à Elizabeth Berkley en 1996. Avantage aux lecteurs de Mad Movies.

Elle méritait-il la Palme d’Or ? On a vu que 3 films sur les 21 en compétition. Donc pas les mieux placés pour répondre. Néanmoins, son absence au palmarès a fait naître un autre type de trophée : celle du critique indigné. Morceaux choisis :

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Faut-il dépenser 8 euros pour Elle ? Oui. Et si il vous reste 2,90€ après la séance, offrez-vous le dernier Lui. On reste dans le thème et la parité est respectée.

Elle, de Paul Verhoeven. Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Viriginie Efira, Charles Berling. 2h10. En salles depuis le 25 mai.

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