La grosse critique : BlacKkKlansman, de Spike Lee

L’histoire en 2 phrases : Inspiré de faits réels, BlacKkKlansman raconte l’histoire de Ron Stallworth, jeune flic noir du Colorado qui va enquêter sur les pratiques d’un groupuscule d’extrémistes affiliés au Ku Klux Klan. En se créant un double (un flic blanc, joué par Adam Driver), Ron va tisser des liens avec le chef de l’organisation pour faire progresser l’enquête.

Notre avis en 3 phrases : Si les moyens et la manière de filmer n’ont plus grand chose à voir avec Clockers ou Jungle Fever, la fibre militante de Spike Lee, elle, reste intacte. BlacKkKlansman est un film maitrisé, souvent drôle, qui rappelle parfois le Tarantino de Django ou Inglourious Basterds, en plus politisé. Et même si le grain est un peu lisse (les noirs sont tous beaux et intelligents, les extrémistes vilains et débiles), l’ensemble est cohérent et nous rappelle en toute fin de film la dangerosité de l’homme qui dirige les Etats-Unis.

La scène clé : La scène que l’on retiendra est sans aucun doute celle où Flip Zimmerman, le Ron Swallworth blanc, rejoint le Klan chez l’un de ses membres pour discuter des actions futures. Felix, le cinglé de la bande, n’a confiance en personne et surtout pas en Ron qu’il soupçonne (à raison) d’être juif. De là démarre un interrogatoire infernal qui voit Ron se faire passer au détecteur de mensonges.

BlacKkKlansmanQui c’est le plus fort ? Si le vrai Ron Swallworth campé par John David Washington excelle dans son rôle de justicier à la punchline facile, son double blanc, alias Adam Driver, crève encore une fois l’écran. Toujours sur le fil, calme et placide, le héros de Girls est d’une justesse sidérante notamment lors de la scène de l’interrogatoire développée au-dessus. L’alter-égo idéal au flic noir, nettement plus explosif et théâtral.

Mais où diable Spike Lee veut-il en venir ? Malheureusement, toujours au même constat. Comme depuis presque 30 ans et la sortie de Do The Right Thing, le réalisateur d’Atlanta s’acharne à porter à l’écran les conflits raciaux qui gangrènent son pays. L’intelligence de BlacKkKlansman est d’avoir évité l’écueil du film moralisateur (répétons-le, le film est très drôle) même si les cinq dernières minutes nous (re)plongent dans une réalité tristement actuelle. Le message de Spike Lee est évident : en 2018 plus que jamais, le combat continue !

Et la B.O. dans tout ça ? Si l’on est loin du film de Blaxploitation des années 70, BlacKkKlansman est gavé de références à la soul et aux grandes B.O. qui ont jalonné l’histoire des films afro-américains. Lors d’une ballade avec sa muse, Ron va même lui demander si elle est plutôt Shaft ou Superfly. Si les références à James Brown sont nombreuses dans les dialogues (“Say It Loud – I’m Black and I’m Proud”), notre coup de cœur revient au sublime “Too Late to Turn Back Now” des Cornelius Brothers & Sister Rose dont le refrain nous trotte dans la tête plusieurs jours après la projection.

Faut-il sacrifier un samedi soir au resto pour BlacKkKlansman ? Si vous aimez la soul, les histoires de conflits raciaux et la littérature de James Baldwin et Chester Himes, la question ne se pose même pas. Si vous cherchez simplement à vous faire une bonne toile avec de l’action, du suspens et de bons acteurs, c’est oui aussi. En revanche n’y allez pas pour voir le film ultime sur le racisme entre les noirs et les blancs aux Etats-Unis. Spike Lee l’a déjà réalisé en 1993 avec Malcolm X. Toutefois, visionner l’un puis l’autre peut être une très bonne option. Disponible en DVD dans vos magasins O’CD.

BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan, de Spike Lee. Avec John David Washington, Adam Driver, Topher Grace, Laura Harrier. 2H16. Actuellement en salles.

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