La grosse critique : Aquarius, de Kleber Mendonça Filho

Clara AquariusL’histoire en trois phrases : Dans son jeune temps, Clara était journaliste et critique musicale. Aujourd’hui à la retraite, sa vie est rythmée par les disques de musique populaire brésilienne, les allées et venues de ses enfants et petits-enfants ainsi que par un promoteur aux dents longues qui a tendance à lui pourrir la vie. Convaincu par son projet immobilier, Diego Bonfim va entrer en guerre avec Clara qui n’a pas vraiment l’intention de lâcher son vieil appartement, le fameux Aquarius.

Notre avis en trois phrases : Acclamé à Cannes, Aquarius dresse le portrait d’une femme forte, courageuse et incroyablement déterminée à conserver ce qu’elle a de plus cher, à savoir cet appartement des années 40 situé face à la plage de Boa Viagem. Tourné intégralement à Recife, ce film d’une douceur absolue nous plonge dans la quiétude et la chaleur du Brésil. Beau de par ses paysages et le combat de cette femme (la non-moins sublime Sônia Braga), Aquarius est un film qui ose la lenteur et la légèreté, au risque de perdre ses spectateurs les plus impatients.

La scène : Si aucune scène ne nous a particulièrement retourné (le défaut du film, son homogénéité?), on retiendra tout de même celle de l’anniversaire de Clara au tout début du film, lorsqu’elle et sa famille se retrouvent à danser et festoyer sur le “Toda Menina Baiana” de Gilberto Gil. Si le bonheur était une séquence de cinéma, alors ce serait celle-ci.

Le plan : Dans les dix dernières minutes du film, Clara, accompagnée de son avocat, de son neveu et son amie, se rend dans l’appartement du dessus voir ce qu’il s’y trame. Sans rien révéler de l’histoire, un sentiment de stupeur mêlé d’effroi gagne soudain le visage de l’héroïne. À lui seul, le regard de Sônia Braga face caméra suffit à faire de ce plan l’un des plus forts du film.

Pourquoi Aquarius va vous faire aimer la musique brésilienne ? Ceux qui ne connaissent du Brésil que les strings sur les plages et les dribbles endiablés de Neymar vont vite s’apercevoir que la musique populaire brésilienne est une véritable mine d’or. Porté par le chef-d’oeuvre de Taiguara (“Hoje”, qui ouvre et ferme le film), Aquarius est traversé de classiques bossa-nova signés Gilberto Gil, Maria Bethânia, Vinícius de Moraes, Altemar Dutra ou Roberto Carlos. On vous laisse découvrir ça en cliquant sur les liens et, si vous aimez, on vous suggérera quelques autres pépites.

aquarius sceneQuelle vision du Brésil dans Aquarius ? Le film a beau s’étirer sur près de 2h30, le spectateur passe la majeure partie de son temps à l’intérieur de l’appartement de Clara. Sans donner l’aspect d’un huis-clos, Mendonça Filho se concentre davantage sur les intérieurs que sur les bords de mer même si le film donne un bon aperçu de la ville de Recife (surtout le quartier de Boa Viagem). Une fois hors de l’immeuble, la caméra nous entraîne dans des ruelles au charme typiquement sud-américain ainsi que sur le front de mer où siègent d’immenses buildings. Pas de traces de favela ni de bidonville néanmoins, le réalisateur préférant rester focalisé sur un Brésil moderne où les sourires se lisent sur les visages. En d’autres termes, le Brésil qu’on aime et qui nous fait rêver.

En quoi ce film est-il une ode à la slow life ? Popularisé par Oxmo Puccino, le terme “slow life” prend ici tout son sens dans la mesure où le réalisateur s’intéresse à une femme dont le quotidien n’a plus grand chose d’extraordinaire. Désormais à la retraite, Clara rythme sa vie entre baignades, sorties entre copines et écoute de vinyles. Sans pour autant faire l’apologie de l’oisiveté, Aquarius montre que vivre autrement qu’à 2000 à l’heure n’a rien de dégradant. Car comme dirait Ox’ : “La slow n’est pas la no life”. Tenez-vous-le pour dit.

La moyenne “Presse” de 4,4/5 sur Allociné est-elle justifiée ? Dans le fond comme dans la forme, Aquarius possède de nombreuses ressemblances avec Toni Erdmann, autre film acclamé sur la Croisette en mai dernier. La durée d’abord (2h25 vs. 2h42), le rythme ensuite (doux, homogène) mais aussi cette finesse du dialogue et de la blague qui en ont fait les deux chouchous de la critique. Et à vrai dire, les deux nous ont fait à peu près le même effet : c’est beau, on s’y sent bien, mais ça ne soulève pas des montagnes non plus. Néanmoins, s’il y a un aspect où les deux films excellent, c’est sur cette capacité à créer deux personnages absolument fascinants (Toni Erdmann d’un côté, Clara de l’autre). De là à rejoindre le dithyrambe général ? Tout de même pas.

Faut-il dépenser 8 euros pour Aquarius ? Bien sûr ! Non seulement ce film vous fera découvrir (un peu) la musique populaire brésilienne, mais en plus il vous permettra de mieux comprendre vos artisans. Dorénavant, quand votre maçon vous parlera de Mr Lopche et de Mme Mendche, vous saurez qu’il faut écrire Lopes et Mendes. Et puis vous pourrez enfin placer cette phrase assassine au moment des fêtes de fin d’année : “Non mais attend, tu ne connais pas Sônia Braga ? C’est juste la Catherine Deneuve brésilienne !”.

Aquarius, de Kleber Mendonça Filho. Avec Sonia Braga, Maeve Jinkings, Irandhir Santos, Humberto Carrão. 2h25. En salles depuis le 28 septembre 2016.

– Bande-annonce – 

aquarius affiche

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