DRAME : « Je préfère Feu! Chatterton à Lee Ranaldo »

DRAME. Cinq lettres écrites en majuscules qui sonnent comme un cri d’alerte, de terreur, voire de chaos. Pourtant, en interview, les Tourangeaux montrent exactement l’inverse. Et l’affirment haut et fort : “Ça ne s’appelle pas DRAME à cause de l’enregistrement. Ce n’est pas chaotique !”. Derrière ce nom de groupe aussi évocateur qu’énigmatique, se cache une bande de potes qui n’attendait qu’une chose : retrouver un peu de temps pour refaire de la musique. Ensemble, et surtout sans pression. Car hormis les quelques canettes de bière qui jonchent la table au moment de notre rencontre, cette notion semble définitivement étrangère à la troupe emmenée par Rubin Steiner. Programmé en clôture de la dernière Route du Rock hiver à Saint-Malo, le combo a pris un long moment pour nous parler de la conception de leur album éponyme, du marché de la musique en France et de leur ancien lieu de résidence : le Temps Machine. Sans oublier d’en placer une petite pour Christine and The Queens et Maître Gims, leurs idoles de toujours.

drame groupeOn lit un peu partout que votre album a été enregistré dans le chaos. Qu’est-ce qui se cache derrière ce mot barbare ?

Fred Landier a.k.a. Rubin Steiner : Mais nooon ! Ça a été enregistré dans le bonheur, l’amour et le soleil.
Olivier Claveau [il coupe] : Se retrouver dans une charpenterie, à Amboise, avec quatre micros pourris et un Mac d’il y a cinq ans, je pense que c’est le chaos. Ce n’est pas la vraie vie, ça.

Et pourquoi s’être retrouvé là ?

Ensemble : Parce qu’on y était bien.

C’est un lieu que vous connaissiez au préalable ? 

RS : Non, on l’a inauguré. Ce sont des copains qui ont récupéré une ancienne charpenterie et qui l’ont transformé en lieu de résidence pour le théâtre et la danse contemporaine. On a été les premiers pendant une semaine à faire de la musique et à enregistrer un disque.
OC : Quand on a été à l’inauguration, on s’est tous regardés et on s’est dit : “On réserve !

On est donc loin du chaos et des adjectifs que j’ai pu voir sur le Net. Gonzaï dit par exemple que le disque n’aurait jamais du sortir.

OC : Ça c’est vrai. On bossait ensemble dans une salle de spectacle [Le Temps Machine à Tours Ndr] et ça ne nous laissait absolument pas le temps d’imaginer quoi que ce soit.
RS : On était dans des horaires de bureau, on n’avait plus le temps de faire de musique. Et puis tourner en ayant des concerts tout le temps dans la salle, c’était hyper compliqué.

Je crois savoir que l’idée d’abandonner la musique vous angoissait beaucoup.

RS : Le dernier album de Rubin a mis deux ans avant d’être terminé. Parfois, je bossais une demi-heure tous les quinze jours.

Donc la sortie de l’album de DRAME coïncide avec la fin de votre aventure au Temps Machine ?

OC [il coupe] : Avec le chômage pour tout le monde.
RS : Sauf Olivier qui est toujours ingé son là-bas.

Mais pour le reste, vous êtes partis d’un coup ? 

RS : Non. Sandrine et moi, nous sommes partis en juin 2015. Oliv’ [Claveau Ndr] depuis pas très longtemps et Olivier bah… il aime bien Maître Gims et tout ça. [rires]
OC : On est parti un peu parce que c’était une délégation de service public et notre association, qui a investi les lieux la première fois, n’a pas été reconduite.

Il y avait des désaccords ?

OC : Non. Nous étions nos propres patrons et on se retrouvait avec des patrons qui n’avaient pas les mêmes idées que nous.
RS : Du jour au lendemain, c’est Nagui qui est devenu le patron.
OC : Nagui peut-être pas mais je dirais plutôt Pelforth. Oui, parce qu’ils vendent de la bière maintenant…
RS : Tu imagines La Route du Rock toute l’année ? Bah c’était au Temps Machine.

Drame live à la route du rock

Rubin Steiner accompagné de Quentin Rollet, au saxo

Mais ça, justement, on vous l’a reproché.

OC : Oui ! Bien sûr. Parce qu’on ne vendait pas assez de bière.
RS : Surtout les partouzeurs de droite.

Qui sont les partouzeurs de droite ?

RS : Tous les maires de l’agglomération de Tours. Tu peux l’écrire, ça. Philippe Briand par exemple, il nous a bien cassé les couilles. Il était quand même directeur des comptes de campagne de Sarkozy.
OC : Celui qui est mis en examen ?
RS : Oui. Il nous a cassé les couilles pendant cinq ans et là : “Oh bah j’arrête la politique.” Enculé ! T’avais pas autre chose à foutre que de nous faire chier ?
OC : Dit autrement, la droite est passée au pouvoir à Tours, or nous avons investi le Temps Machine quand on était de gauche. C’est la première fois en France qu’une association n’est pas renouvelée. On a essuyé les plâtres. On est entré dans un bâtiment qui n’était pas fini or, d’habitude, on reconduit systématiquement la première asso pour lui laisser sa chance.

On vous a donc reproché d’être trop pointu, élitiste. Mais vous, que vouliez-vous transmettre au public via cette programmation ?

RS : Les gens qui sont venus voir Guess What ?, Orchestra Of Spheres, Meridian Brothers, Nisennenmondai et Thee Oh Sees, eux, ils étaient contents. Tous les jeunes musiciens, au départ, se sont fait scotcher par un groupe qui leur a donné envie de faire de la musique. Nous, on s’est fait bluffer par Beak> en concert, par Nisennenmondai et Chausse Trappe. On s’est fait claquer la gueule et on s’est dit qu’on avait envie de faire un truc comme ça. Ils touchaient du doigt quelque chose que l’on voulait caresser aussi.

C’était difficile de faire venir les gens à ce type de concerts ?

RS : Non, pas spécialement. Après, c’est de l’argent public donc c’est un peu compliqué. On est parti du principe que l’argent public devait servir à défendre l’art non rentable. Mais en fait, c’est du business et il faut que ce soit rentable. Et à un moment donné, il faut que ça s’autogère ces trucs-là. En France, il y a la musique commerciale et l’underground. Et au milieu il y a cette espèce de musique subventionnée par le Ministère de la Culture, un truc un peu entre les deux qui va piocher des deux côtés. L’idéal c’est d’aller chercher l’underground pour “Christine & The Queeniser”, pour “Jeanne Addediser” et que, grâce à l’État, l’underground puisse sortir de ce truc vraiment pourri. Personne n’a envie de rester dans l’underground alors que dans tous les autres pays du monde, il y a le business underground. L’underground est hyper respecté en tant que tel et ça cartonne ! La question ne se pose même pas.

C’est intéressant car vous êtres en train de dire qu’il y a une différence, presque une guerre, entre le mainstream et l’underground.

RS : Mais il y a une différence !

C’est pas Franco-français ce débat ? Parce qu’aux Etats-Unis les gens ont l’air de s’en foutre. Il y a la musique, point.

RS : Aux États-Unis, il n’y a pas de problème : tu peux aimer Rihanna et GG Allin, il n’y a pas d’échelle de valeurs. Les Américains, ils sont tout à fait conscients de bouffer de la merde. Il n’y a aucun problème à apprécier le bon vin et à bouffer chez MacDo tous les jours. Ça fait partie de la culture et ça entretient le American Way of Life. Evidemment qu’il y a des trucs biens chez Rihanna, chez Kanye et chez Beyoncé. Et bien sûr que tu peux kiffer ça et GG Allin. Mais en France, c’est plus compliqué. En France, il y a un combat qu’il n’y a pas ailleurs. Un combat qui dit qu’il faut défendre l’underground alors qu’il n’a jamais demandé à être défendu.
Quentin Rollet : En France, comme tu dis, il y a ce truc intermédiaire de musique subventionnée qui n’a aucun public véritable. Ils n’ont pas de fans comme il peut y avoir dans l’underground avec tous les trucs de noise etc. Mais si tu écoutes un truc de jazz subventionné, il n’a aucun public à la base. Personne ne veut voir ça en fait.
RS : Et qui va écouter de la musique proposée par le Ministère de la culture et par l’État ? Du coup, ça fabrique un combat où il faut défendre l’underground qui se fait soit disant écraser, manger et récupérer par le mainstream. Mais ça, ça n’existe qu’en France. Partout ailleurs, l’underground n’a pas à se battre ni à se défendre. Il y a un public qui existe. Et quand tu fais un disque en indé, tu sais que tu vas pas remplir ton frigo avec, mais tu t’en branles. Tu cherches pas à avoir un salaire tous les mois. 98% des musiciens ricains ou anglais qui sortent tes disques préférés, ils ont un boulot à côté.

Donc au final, qui sont les méchants ? Les politiques ?

RS : Mais il n’y a pas de méchants !
OC : Si, les intermédiaires ! Ce sont bien eux qui fixent les lois du marché. Il y a un marché qui s’est crée sur de l’air qui vibre. Il y a des gens qui bouffent grâce à la musique des autres et qui entretiennent un truc.
RS : Au Temps Machine, on a vu qu’il y avait de l’argent public qui servait à défendre l’art non rentable. On s’est dit qu’on allait profiter d’une super salle pour faire des trucs indés, pas connus, underground.

drame

Un groupe aussi clair, qu’obscur

Mais les gens venaient réellement ? 

Ensemble : Mais oui ! Bien sûr que les gens venaient.
RS : Après, ce qui est horrible, c’est quand tu dois remplir janvier, février et mars dans ta programmation et que tu as La Femme, Jeanne Added, Feu! Chatterton, Rover, Dominique A et Lou Douillon. Tous ces trucs un peu Taratata, Victoires de la Musique. Tu peux les faire, ça te coûte un bras, mais tu remplis ta salle et tout le monde est content. Enfin ça, c’est ce que disent les politiques. Sauf qu’à Tours, il n’y a pas de salles de concert. Il n’y a que des bars, et nous, à côté, on a des JC Satàn, Beak>, Nisennenmondai, Meridian Brothers, tout un tas de groupes qui tournent et qui font 300 dates par an. Nous, on a cru peut-être bêtement, que les subventions publiques servaient davantage à aider ceux-là que les autres qui n’en ont pas besoin.
OC : Et j’ai presque envie de dire que si Christine and The Queens tu en entends parler aujourd’hui, c’est parce qu’on l’a programmé à 300 balles il y a trois ans.
RS : Mais oui. Il y avait 50 personnes et tout le monde a trouvé ça pourri.

Cette uniformisation des programmations, ça a toujours été comme ça ou c’est une tendance nouvelle ?

RS : Ça a toujours été le cas. Hey, tu veux pas nous faire une interview de DRAME un peu ? On en a rien à branler de ça, nous ! [rires]

C’est vous qui êtes partis là-dessus ! Justement, je voulais vous demander comment vous avez réussi à trouver un cadre à l’album après avoir sorti des heures d’enregistrement.

RS : C’est pas dur parce que quand tu as vingt heures de musique, ce qui est bien, tu l’entends tout de suite. Sur vingt heures, il y avait une heure de bien et le reste c’est de la merde.
Jérémie Morin : Tu sens direct quand il se passe un truc avec tout le monde et quand il ne se passe rien.

Ça sert vraiment de jouer des heures comme ça ? J’ai lu que Bradford Cox de Deerhunter forçait parfois ses musiciens à jouer pendant des heures pour les pousser à sortir un truc correct.

OC : Ouais, il faut sortir ses tripes à un moment. Il y a un côté transe qui entre en jeu.
RS : Le problème c’est que Deerhunter ne fait que des albums de merde [rires].

Vous êtes durs…

RS : Non mais la transe d’accord, par contre pas besoin d’avoir un nazi qui gueule à côté.
JM : C’est venu de plein de trucs. De Nisennenmondai, de cette histoire de cage à ballons…
RS : Ah mais oui ! En fait, le plus vieux truc de DRAME, ça pourrait être la cage. C’était en 2011 ou 2012. Jeff Grubic, c’est un saxophoniste de jazz qui, quand il était à l’université, avait fait un concert dans un bar. Pendant le concert, il y a un mec qui a sorti un flingue et qui a dit : “Vous jouez ce morceau-là, c’est mon préféré. Et vous le jouez jusqu’à ce que je vous dise stop”. Ça a duré hyper longtemps. Evidemment, tout le monde dans le bar était parti et le mec était tout seul devant son morceau préféré. Ça l’a bien traumatisé et après il a fait un truc qui s’appelait Ad Nauseam. Il a fait ça notamment avec les Little Rabits, ils étaient au moins cinq, six à jouer un truc en boucle avec un écran derrière. C’était genre de 16h à 9h du matin non-stop. Quand il y en a un qui partait de scène, hop il arrivait dans l’écran et ça continuait à jouer. Et son dernier truc en date, qu’on a fait venir au Temps Machine, ça s’appelait le Grubic Cube. C’était une cage de trois mètres sur trois avec des musiciens au milieu. Il y avait Jeff Grubic avec son contrebassiste et le principe c’était de jouer le thème de “Girl From Ipanema” en boucle avec des musiciens du cru. Jérémie s’est mis à la batterie avec les mecs de Pneu. Le public gonflait des ballons et les mettait dans la cage par un petit trou. Et ça jouait tant que c’était possible de jouer. Ça a dû durer 2h50 ! 2h50 de “Girl From Ipanema” en boucle dans les ballons.

Et ça c’est pas un peu élitiste ?

Ensemble : Mais pas du tout ! Les gens étaient au taquet et c’était une fête énorme. C’était génial
JM : La première fois qu’ils l’ont fait, c’est sur une station service. C’est tout sauf de l’élitisme. C’était incroyable à vivre de l’intérieur comme expérience.

À quel moment sentez-vous que vous atteignez cette transe ?

RS : C’est quand tu joues ensemble, que tu fais des trucs et qu’au bout d’un moment tu te dis : “Ah, c’est cool !” Et là quelqu’un te dit que ça fait 27 minutes que t’es dessus.

Vous avez dit à Gonzaï que DRAME est l’un des trucs les plus excitants qui vous soit arrivé récemment. Pour quelle raison ? 

OC : Peut-être par rapport au reste. C’est peut-être pas un jugement de valeurs [rires].
RS : Il n’y a pas d’enjeux, on a rien à prouver. C’est que du plaisir. Il s’agit de jouer bien, mais pour nous.
JM : C’est jouer entre copains avec la liberté de se dire qu’on s’en fout.

La musique a toujours été récréative pour vous ? 

RS : Oui et non. Avant Rubin Steiner, je sais que c’était horrible. On a réussi à être intermittent début 2000 et après l’idée c’était de trouver des dates, donc de faire un album. Tu dois faire un album pendant que tu tournes, donc tu bâcles les trucs. Rien n’est satisfaisant, c’est les limites de l’intermittence. T’as pas le temps de te dire : “Ok, je finis le truc correctement, je prends mon temps, pas de pression.” Là, pour le coup, il n’y a pas de pression. Enfin ça serait bien d’arriver à devenir intermittent quand même [rires].

Vous avez quelles ambitions avec DRAME ?

JM : Chômeur ! [rires] Chômeur intermittent mais chômeur quand même.
RS : Évidemment qu’on veut faire quelque chose avec DRAME.

Donc derrière ce nom et cet enregistrement que l’on dit chaotique…

[Ils coupent] Mais c’est pas chaotique !
RS : Ça ne s’appelle pas DRAME à cause de l’enregistrement. C’est juste que dans toutes nos vies personnelles, 2014 a été une année merdique. Du coup on s’est dit que 2015 allait être génial. Bon, ça a commencé avec les attentats de Charlie Hebdo et ça s’est enchainé avec tout un tas de merdes. Après on a pensé à l’idée de dream team, en mode on ne change pas une équipe qui ne gagne pas. Puis de dream team ça s’est transformé en drame team et voilà. Par contre, ce qui me fait marrer c’est que le mot qu’on entend le plus aux infos, c’est drame.

Du coup, vous reprenez tout juste la scène ?

RS : Là, c’est le troisième concert de DRAME.

Est-ce que l’on va retrouver cette part d’impro en live ?

OC : Non, on est assez scolaires là-dessus, moyennant les accidents qu’on va se créer nous-même.
JM : C’est que la troisième date donc on va voir. Mais il y a des trucs qu’on peut étirer. Il n’y a pas vraiment de structure même si on joue plutôt le disque.
OC : Moi, de toute façon, je suis coincé par mon matos pourri [rires]. J’ai un vieux synthé russe qui côte je ne sais pas combien sur E-Bay, je ne comprends pas pourquoi car c’est une merde. C’est jamais pareil, les boutons ne réagissent jamais de la même manière, du coup je dois m’adapter.

Le fameux synthé russe pourri

Comment vous êtes vous accordés sur la direction musicale de l’album ? Vous écoutez tous les mêmes choses à la base ?

JM : On écoute essentiellement du Michel Berger et du Jean-Jacques Goldman.
RS : Non, ça alterne entre France Inter, France Culture, WFMU et des podcasts.

Pour le coup, France Inter repasse tout le temps les mêmes choses. 

OC : Oui mais ça permet de savoir ce que t’aimes pas.
RS : Ah mais je parle de la matinale moi. Après, je kiffe le jazz plus que tout, le cha-cha et les easy listening des années 50.

Et la prog de La Route du Rock, vous en pensez quoi ?

[Léger blanc]

RS : You don’t want to know [rires]

Vous êtes vraiment durs…

Ensemble : Si, on aime bien Cavern of Anti-Matter.
JM : Surtout le premier album, moins le deuxième [rires].

Rubin, j’ai vu que tu avais parlé de ce disque sur The Drone.

RS : Il est génialissime ! Tu n’as pas lu mon article sur leur nouvel album ?

Si ! Tu dis que c’est un bon album mais que c’est pas ce que tu attendais. Vous allez quand même aller les voir jouer ce soir ? [Ce soir-là, Cavern of Anti-Matter jouera juste avant DRAME Ndr]

Ensemble : Ouais ! Bien sûr !
OC : Tu dis qu’on est dur mais pourquoi on serrait obligé d’aimer ? Ça n’engage que moi de dire que ça, ça m’emmerde.
JM : Tout le monde dit tout le temps : “Oh, c’est merveilleux !” ou “Oh, ils sont géniaux !
OC : Tout à l’heure on se moquait un peu de Flavien Berger qu’on trouve un peu consensuel.

Je l’ai interviewé hier, d’ailleurs. 

JM : Et alors, est-ce qu’il était consensuel ?

Qu’est-ce que tu entends par-là ? 

JM : Il aime tout, il est plein de bons sentiments. La programmation de La Route du Rock, il trouvait ça génial, non ?

Je ne lui ai pas posé cette question mais ça m’a l’air d’être quelqu’un de très gentil. 

RS : Moi, que ce soit au Temps Machine ou ailleurs, je vais surtout voir des groupes que je ne connais pas. Comme au cinéma ou au théâtre d’ailleurs. Je suis content quand je vais voir un groupe que j’aime, sauf que ce groupe a beaucoup de chances de me décevoir. Par contre, te faire cueillir par un truc que tu ne connais pas, c’est magique. À l’inverse, quand tu vas à un concert voir un groupe de merde, c’est aussi vachement important. Par exemple, j’aime bien parler littérature avec des gens qui n’ont pas les mêmes goûts que moi. Ça m’est arrivé de me forcer à lire des trucs que j’étais censé ne pas aimer pour au final admettre que ce n’est pas si horrible que ça. Par exemple, Feu! Chatterton, le chanteur et les textes, je trouve ça vraiment mortel. L’album me fait chier, c’est une purge à écouter, par contre lui envoie un truc, il défonce. Christine and The Queens, il n’y a rien ! Rover, c’est horrible ! Bref, il y a plein de trucs horribles, comme il y a plein de trucs soit disant super cool. Lee Ranaldo de Sonic Youth, c’était horrible, un concert de merde, l’album est à chier ! Thurston Moore tout seul avec sa gratte sèche, tu chiales, c’est génial.
JM : Non ! Thurston Moore qui fait un nouveau groupe après Sonic Youth, c’est à chier.
RS : Je préfère Feu! Chatterton à Lee Ranaldo. Ça, tu vois, c’est une bonne accroche pour ton interview.

« Microphone check, one, two, what is this ? »

C’est marrant parce qu’on est souvent traité de snob ou d’élitiste quand on dit spontanément que c’est nul. C’est pour ça que je me fais un plaisir de vous renvoyer le compliment.

RS : Mais faut pas cracher sur Jain ou sur…
JM : Vianney ?
OC : Ah si, Vianney on peut ! [rires]
RS : Non, la petite blonde là… Louane ! Ma fille est fan de Louane. J’en ai bouffé et franchement, sur l’album de Louane, tout n’est pas à garder mais le disque défonce Christine and The Queens sans problème. Un soir, j’ai zappé sur l’émission de Patrick Sébastien et il y avait Maître Gims en live. Et bah Maître Gims avec guitare/basse/batterie, des mecs au taquet qui envoient, et lui qui chante sans autotune, ça défonçait ! Alors les textes, c’est un peu con, mais c’est cent fois mieux que ces trucs pseudo-indés. Donc j’ai aucun problème avec Louane et Maître Gims.

Vous connaissez peut-être le groupe France ?

JM : Génial !

Bah moi, aux Trans Musicales, j’ai trouvé ça horrible. Ils jouent avec une vieille à roue pendant une heure, c’est un supplice.

RS : Oui mais tu les as vu où aux Trans ? Sur une scène ?

Oui c’était dans un grand hall, au Parc Expo. 

Ensemble : Aahhh bah voilà !
JM : Ce qui est génial avec France c’est qu’il n’y a ni montée, ni descente. Ils commencent le concert direct et ils terminent de la même manière.
RS : J’ai fait la connerie d’écouter ça sur les enceintes de mon ordinateur portable, le matin, au petit déjeuner. Et là c’était vraiment dur. Surtout que le soir il fallait que j’aille les voir en concert.
JM : France, c’est pas un truc qui s’écoute dans son salon. Faut voir ça dans un bar, dans un truc qui sent un peu la transpiration.
OC : Alors après, c’est pas élitiste mais c’est spé. C’est à essayer.

Vous ne trouvez pas que le public manque de curiosité ? Les gens qui vont voir des artistes qu’ils ne connaissent pas, ça ne court pas les rues.

RS : Il y a un problème d’écoute de la musique. Et puis il faut aller au théâtre, voir de la danse, voir des spectacles.
OC : En fait, faut tuer la télé. Pose la question autour de toi et tu verras les comportements des gens qui ont la télé et de ceux qui ne l’ont pas. Tu verras qu’il y a un monde, des niches.
JM : Pour en revenir à France, ça ne fonctionne pas dans un hangar avec 2000 personnes.
OC : C’est là où l’underground devrait rester là où il est. De toute façon, moi, au-dessus de 150 personnes, je trouve que ça ne sert à rien. Ça m’oppresse, j’y vais pas.
JM : Et puis France c’est une expérience, soit tu rentres dedans, soit tu rentres pas.
RS : Par contre, c’est important de vivre ces trucs-là et de se faire un peu bousculer.
JM : Le plus beau truc au Temps Machine, c’est la première fois qu’on avait programmé Nisennenmondai, un groupe japonais. Il y avait personne, on devait être trente. Personne savait à quoi s’attendre, et tout le monde a été scotché. Après le concert, tout le monde s’est regardé en se disant : “Waouh !
OC : Chausse Trappe c’était pareil !

[Un autre membre du groupe arrive et fait signe à Rubin]

RS : Quelle heure il est ? 21h ? C’est notre manager, et il a vraiment très envie de prendre l’apéro [rires].

Un grand merci au groupe pour cet excellent moment, ainsi qu’à Maxime Le Cerf de La Route du Rock.

Crédits photos : DR et Morgan Henry

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