David Vann – Désolations

David Vann - Désolations


Sur les berges d’un lac d’Alaska, Irène et Gary vivent à contretemps. Contre une histoire d’amour, à laquelle ils s’accrochent vainement, et contre un avenir dont l’issue s’annonce aussi sombre que les nuages qui guettent à l’horizon.

Gary aspire à s’évader, rêve d’être assez courageux pour enfin quitter Irène. Sans la routine accablante d’un quotidien cyclique, débarrassé de tout devoir sinon celui de survivre.  Il veut chasser, pêcher, vivre au plus proche de la nature, sans apparat. Dédier la fin de son existence à lutter contre la faim, le froid perçant, l’hiver et les animaux qui rôdent alentours. Offrir son corps au vent, comme un dernier rempart.

Alors Gary se lance dans la construction d’une cabane nichée dans la forêt, inaccessible,  et prétend vouloir y emmener sa femme. Pour qu’ils construisent une histoire nouvelle, ensemble cette fois. Dernière tentative avant que tout s’écroule.

Tandis qu’Irène lutte contre de terribles maux de tête, Gary charge le bateau de rondins de bois, trop lourds, trop fragiles. Frêle embarcation qui navigue vers la mort. Les eaux sont troubles, la tempête est proche. Les migraines deviennent insupportables.  La barque tangue, manque de couler, lestée par le poids d’un couple qui se déchire.

Dans leur chute, ils entraînent leur fille Rhoda, toute à ses illusions de mariage avec Jim, dentiste en pleine crise existentielle. En lutte perpétuelle contre le temps qui passe et recouvre les muscles d’une fine couche de vieillesse, Jim sue ses quarante ans bien tassés en multipliant les séances de musculation, et fantasme sur l’homme qu’il aurait pu, aurait dû, devenir.

Mentir en se regardant droit dans les yeux, faire des promesses qui n’engagent que ceux qui sont assez naïfs pour y croire : David Vann dresse le portrait de personnages qui vivent d’illusions et de projets voués à l’échec. L’auteur de Sukwann Island –prix Médicis étranger 2010 -, fustige ces hommes qui n’attribuent leurs échecs personnels qu’à leurs proches, et cette volonté patentée d’être davantage que ce que le quotidien laisse entrevoir. Quitte à tout quitter et partir, sans un regard pour ce que l’on laisse pourrir dans son sillage.

A la croisées de ces destins : la nature. Froide, infranchissable, comme un obstacle de plus sur la route d’une famille détruite. Et ces montagnes vertigineuses, menaçantes, pour exprimer l’insignifiance de l’être humain.

Sombre comme cette île égarée dans les Anchorage, coupée du monde lorsque l’hiver se fait rude, Désolations est une peinture pleine de réalisme sur les rapports humains et les rêves brisés.

La plume de David Vann, précise, concise, tranche dans le vif. Les mots percent l’épiderme et laissent planer une tension diffuse, presque imperceptible.

Désolations est un roman magnifique. Un de plus pour David Vann.


 David Vann – Désolations (Editions Gallmeister)

« Ce qu’elle voulait, c’était qu’il s’allonge à ses côtés. Tous les deux sur la plage. Ils abandonneraient, lâcheraient la corde, laisseraient dériver le bateau au loin, oublieraient la cabane, oublieraient tout ce qui avait cloché au fil des ans, rentreraient chez eux, se réchaufferaient et recommenceraient de zéro. Cela ne semblait pas impossible. S’ils le décidaient tous les deux, ils en seraient capables. »

Image de couverture © Gonzalo Pérez

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