Chocolat : « L’industrie musicale au Canada, c’est de la merde »

Ysaël, concentré comme jamais

Ysaël, concentré comme jamais

Pas simple de trouver des informations cohérentes sur le groupe de rock psyché canadien en tapant simplement “Chocolat” dans une barre de recherche Google. En revanche, si vous creusez un peu, vous tomberez rapidement sur le compte Bandcamp de la troupe à Jimmy Hunt qui vous permettra de vous acclimater avec le récent Tss Tss (lire notre chronique), sorti en France il y a quelques mois sur Born Bad Records. C’est lors de leur passage au festival Art Rock que nous avons rencontré les cinq montréalais qui reviennent brièvement sur leur consommation de drogues, l’industrie musicale au Québec et le contenu de leur troisième album qui devrait débarquer à l’automne.

– Je crois savoir que vous n’avez pas très bonne réputation sur les festivals…

Ysaël Pépin (Basse) : [Il coupe] L’interview est finie ! (Éclats de rires)
Jimmy Hunt (Chant, guitare) : C’était deux évènements en particulier qui avaient un peu dérapé et ça suffit pour vous forger une réputation. Non mais en général, on vient, on fait notre show et on reste tranquille.
Ysaël : Ça nous a fait pas mal de pub mais c’était au moins il y a six ou sept ans. Entre temps on a quand même changé nos habitudes…

– Entre temps vous avez splitté.

Jimmy : Oui, on a arrêté. C’était pas clair. Ça a dû durer cinq ans à peu près.
Ysaël : À la fin le groupe s’est un peu désintégré, Jimmy a fait ses trucs de son côté et tout d’un coup on s’est rappelé.

– Et le reste du groupe, pendant ce temps-là, il faisait quoi ?

Emmanuel Éthier (Guitare) : Bah nous, c’est pareil, on travaillait sur les trucs de Jimmy (Rires).
Jimmy : Moi, Christophe et Emmanuel. Le bassiste et le batteur sont dans d’autres groupes aussi.
Ysaël :Oui, on était ensemble avec Brian [Hildebrand, batteur de Chocolat Ndlr] dans Demon’s Claws qui n’existe plus vraiment maintenant. Enfin, ça dépend des jours (Rires).

Christophe, son piano et son pull bleu

Christophe, son piano et son pull bleu

– Et donc pourquoi avoir choisi de reformer soudainement Chocolat ?

Emmanuel : À la base, c’était vraiment pas sérieux du tout. On avait fait une ou deux répètes histoire de jouer ensemble, pour le fun. On voulait faire un EP avec deux chansons sans se prendre la tête. Puis, finalement, Jimmy a écrit beaucoup de chansons, fait beaucoup de maquettes et ça a donné cet album qui n’était vraiment pas planifié.
Ysaël : Bernard Adamus (auteur/compositeur québécois Ndlr) était fan de Chocolat. Je ne sais pas s’il est connu par chez vous mais il nous a demandé de jouer et il a dû raviver un peu l’étincelle. Il a voulu qu’on ouvre pour lui, on a fait des répètes et voilà.

– Jimmy, tu avais déclaré dans une interview à Gonzaï : “La dimension pour Chocolat, c’est le rock !”. Or, sur votre premier album, Piano Elégant, on entend de tout sauf du rock.

Jimmy : C’est un album qui a une direction rock mais dont les structures se rapprochent plus de la chanson. Les arrangements ne sont pas nécessairement agressifs, il n’y a pas tant de distorsions que ça dans les guitares. C’est clean, mais ça reste du rock. Du moins un genre de rock. Certains morceaux sont plus proches de la chanson française mais à ce moment-là je voulais prendre cette direction. Je cherchais à créer une sorte de mélange entre les deux univers. Mais pour le dernier, l’idée était de faire un album qui laisse la place à l’improvisation et aux longs segments jam, aux influences krautrock et à ces espèces de longues pièces qui s’ajoutent et disparaissent. Il y a moins de paroles dans Tss Tss aussi.
Emmanuel : Le premier EP que les gars ont fait était assez rock/garage. Donc Piano Elégant, c’est pas le premier truc que Chocolat a fait. Puis le prochain album, qui est presque terminé, est encore différent. Le but est de changer de direction à chaque disque.

– On vous a entendu faire de la chanson, voire de la pop, maintenant du garage. Quel est donc le véritable ADN de Chocolat ?

Jimmy : Quand on est ensemble, ça prend ce genre de direction-là mais je ne pense pas que ce soit quelque chose de prémédité dans le fond.
Emmanuel : Il y a des groupes qui cherchent à s’apparenter à une scène en particulier mais nous ce n’est pas trop notre truc. On écoute aussi beaucoup de musique électronique, du hip-hop etc.

– Qu’écoutez-vous comme musique électronique ?

Emmanuel : Bah par exemple on a pas mal écouté le dernier Étienne De Crécy, qui jouait hier soir. On aime un peu de tout.
Ysaël : Nous, avec Brian, on a quand même un gros background garage. Avec Demon’s Claws on tournait beaucoup dans cette scène-là, avec les Black Lips etc.

Jimmy Hunt, un homme qui aime les Marcel et l'harmonica

Jimmy Hunt, un homme qui aime les Marcel et l’harmonica

– Pouvez-vous me dire comment se porte l’industrie musicale au Canada ?

Emmanuel : Comme partout, c’est de la merde ! Personne ne fait les trucs pour les bonnes raisons mais personne ne fait plus d’argent au final. Tout le monde veut faire du profit alors qu’il n’y en a plus. Du coup, les gens font des sacrifices et des concessions. Moi, en tout cas, j’ai jamais connu les belles années.
Ysaël : J’ai jamais trouvé ça facile non plus. C’est pour ça que je trouve que mes plus belles années de musique sont en ce moment.
Jimmy : Ça dépend ce qu’on attend par “ça va bien” ou “ça va mal”. Maintenant, je pense qu’on a plus de possibilités de jouer un peu partout. Un groupe comme le nôtre, il peut venir faire une tournée ici alors qu’avant ça demandait une grosse production. Nous, on peut le faire avec des moyens presque minimes.

– Comment avez-vous choisi Born Bad et votre distribution française ?

Ysaël : Je connais plusieurs groupes sur Born Bad qui sont des amis, puis je connais aussi un peu JB (Jean-Baptiste Guillot, le directeur du label Ndlr). Jimmy écrit aux personnes sans même les connaître et JB a tout de suite répondu. C’était assez court comme communication si je me souviens bien.
Jimmy : Oui, je lui disais qu’on voulait tourner en France et que ça nous aiderait si on avait un deal avec un label. Et il se trouve que JB avait déjà écouté et aimé l’album.
Ysaël : Après, Jimmy nous a transféré le mail et c’était emballé. Mais on ne sait pas vraiment quelle a été la promo en France. On ne savait pas trop à quoi s’attendre en venant, mais c’est cool !
Jimmy : Oui, il y a du monde aux concerts, l’album a une bonne presse, plus que chez nous on dirait.

– Disons qu’en France, Born Bad est comme un gage de qualité. Certaines personnes vont acheter ou écouter l’album d’un artiste sans le connaître juste parce que c’est estampillé Born Bad.

Jimmy : On ne peut pas en dire autant de notre label au Québec ! (Rires)
Ysaël : Le problème avec le Québec c’est qu’il y a moins de monde. Tu ne peux pas faire un disque de niche comme c’était le cas avec Demon’s Claws. À l’époque, on avait un label du genre de Born Bad qui s’appelle In The Red. C’est un peu le même concept : juste parce que c’est In The Red, les gens écoutent. Mais au Québec ça ne marcherait pas. T’en vendrais quoi, 50 ? (Rires)

Jimmy Hendrix

Jimmy Hendrix

– Jimmy, j’ai lu que tu avais enregistré l’un de tes albums solo en pleine nature avec beaucoup d’alcool et de champignons. Est-ce que la recette était la même pour ce disque ? [Ils éclatent de rire]

Emmanuel : De la grosse weed !
Jimmy : Oui, c’était plus de la weed médicinale. Les champignons, c’est les projets de Christophe ça (Rires).
Ysaël : Il y avait aussi de la tarte aux pacanes.

– C’est quoi ça, un space cake ?

Ysaël : Non, non ! C’est une vraie tarte et on mangeait ça après la weed.

– Vous n’avez pas non plus enregistré en pleine nature ?

Emmanuel : Non, c’était dans un vieux studio de l’époque RCA à Montreal, le studio Victor. Y’en a plein d’autres, notamment à Nashville. C’était très classique. Jimmy avait enregistré une partie de son album là-bas également.

– Et donc le troisième est quasi bouclé ?

Ysaël : Tout à fait ! Il a été enregistré au même endroit, en une semaine à peine. Il faut en profiter car Jimmy compose vite.
Jimmy : Le spirit était bon, on sentait qu’il était temps d’en faire un autre histoire de battre le fer tant qu’il est chaud.

– Vous avez une idée de la date de sortie ?

Jimmy : Environ novembre, ou disons pour l’automne.
Ysaël : On doit peut-être revenir ici à l’automne, même si ça reste hypothétique. Ce sera une bonne occasion.

– Jimmy, tu as collaboré un petit moment avec Coeur de Pirate. Savez-vous qu’en France les fans de Born Bad sont, je pense, très éloignés de ceux de Coeur de Pirate ?

Ysaël : Pour nous, c’est juste quelqu’un qui fait un style de musique qui nous rejoint pas vraiment mais on ne peut pas dire qu’on aime ou qu’on n’aime pas.
Jimmy : Voilà, on ne peut pas dire que ce soit de la mauvaise pop. C’est juste de la pop, quoi… Mais il n’y a pas vraiment de lien avec Chocolat.

Propos recueillis par Morgan Henry
Crédits photos : Morgan Henry

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