Art Rock 2017 : entre ciment et belle étoile

Art Rock sportif cette année. Le festival briochin ayant lieu en plein centre-ville, la question du couchage est vite posée. N’habitant qu’à 75 kilomètres de l’épicentre, j’ai donc fait le choix de rejoindre mes pénates chaque soir. Ce qui ajoute quelques centaines de bornes au compteur kilométrique mais surtout une fatigue dont je me serais bien passé dimanche après-midi. Pas ou peu d’alcool donc, ce qui n’est pas un mal sachant que je n’ai pas pu me libérer avant 21h vendredi et samedi soir (boulot oblige). Timing serré, mais timing intense, le festival briochin est allé crescendo pour finir en apothéose, dimanche soir, sur la scène principale. Allez, au rapport !

Mais où va le monde ?

Mais où va le monde ?

Vendredi : la grande triple alliance de l’Ouest

Une triplette des plus alléchantes était programmée sur la grande scène en ce premier soir de concerts. Jagwar Ma et leur rock à facettes à 20h, suivis de La Femme à 21h30 avant de finir sur The Kills jusqu’à minuit passé. Ayant loupé les félins Marie-Agnès l’an dernier à la Route du Rock pour cause d’alcoolémie intensive, je ne souhaitais pas réitérer la bourde. Raté. Mon travail à Rennes, couplé à la route puis à la recherche désespérée de place nous a fait arriver sur les coups de 21h, soit pile l’heure à laquelle les Australiens pliaient les gaules. Partie remise.

L’accrèd et la Grim’ en main, nous voilà en bonne place pour assister au live de La Femme, fraichement revenue de sa tournée asiatique. Comme d’hab, le groupe a encore passé un cap niveau look et scénographie. Mulet rasé sur les tempes pour Marlon, gomina massive pour Clémence, seul Sacha, parmi les frontmen, passe “inaperçu” malgré sa tenue à la Delon époque Mort d’un pourri. Moins d’un an après sa performance décevante à la RdR, La Femme s’est remise dans le sens de la marche et livre un show total, ponctué comme de coutume par le missile “Antitaxi”. Si les efforts sont là, le chant de Clémence et Marlon n’est toujours pas au top mais l’énergie du groupe rattrape largement le coup. Après toutes ces années à tourner et à vivre H24 ensemble, La Femme donne et prend toujours autant de plaisir. Et le public le leur rend bien.

"Est-ce que vous êtes rock ?"

« Est-ce que vous êtes rock ? »

On vous laisse avec les Tueurs”, lança Marlon avant de rejoindre les coulisses. Les Tueurs, où plutôt Bonnie & Clyde, ne sont autres que Jamie et Alison de The Kills. Santiags/frange pour Monsieur, legging noir/talons pleins pour Madame, les looks sont tranchés et osés. Imbibée juste ce qu’il faut, l’ex-femme de Jack White multiplie les crachats sur scène tandis que Jamie fait rugir sa gratte qu’il change quasiment à chaque titre. Si Ash & Ice, le dernier né du combo anglophone, a échappé à nos radars, l’adaptation scénique force le respect. Car même sans connaître la discographie intégrale des Kills, le magnétisme du duo est tel qu’on en aurait bien repris pour une heure. Véritable lionne indomptable, Alison fait les cent pas, crache, se recoiffe et surtout donne sans compter. Idem pour Jamie qui, sans trop pousser la chansonnette (dommage, belle voix), sera responsable de nos acouphènes du lendemain. On lève le camp avec le sentiment d’avoir vu quelque chose d’assez rare de nos jours : un concert de rock réussi.

Samedi : finale ratée, finale Doré

Le samedi soir à Art Rock affichait une programmation particulièrement alléchante : Juventus-Real Madrid. Un événement qui ne déroulait ni dans l’enceinte du festival, ni même en dehors. Trop occupés à descendre des Coreff ou à manger des sandwichs au pâté, les Briochins en ont totalement oublié l’évènement sportif le plus important de l’année. Après trente minutes désespérées à chercher un bar retransmettant la rencontre, il fallu me rendre à l’évidence : ce sera Julien Doré pour moi. Non sans une pointe d’amertume, je me place aux côtés de mon épouse qui, elle, a réussi son coup : voir la prometteuse Cléa Vincent en fin d’après-midi et conserver son mec pour le restant de la soirée. Manque de pot, la Dorure ne parvient pas à combler la tristesse de ce 4-1 sévère et inexplicable. Accompagné d’une troupe 100% masculine, Julien Doré écoule ses tubes les plus fameux sous une pluie de plus en plus virulente. Les ados sont aux anges. Certains tombent le tee, d’autres s’allument des clopes en essayant de se frayer un passage sous le regard médusé des chefs de famille venus gâter leur progéniture. Après avoir remercié mille fois le ciel et les étoiles, Julien Doré quitte la scène sans oublier d’en placer une pour le cuistot qui lui a confectionné un savoureux burger végé. Pouce vert.

Cléa Vincent sous toutes les formes

Cléa Vincent sous toutes les formes

Dimanche : Que la fête commence

Si l’on n’attendait pas grand chose du samedi en terme de découvertes, le dimanche réservait quand à lui de belles promesses. À commencer par la toute jeune Abra chargée de lancer les hostilités sur la grande scène dès 18h. Présentée comme la relève d’une scène R’n’B allant de Ciara à Aaliyah, la jeune américaine (pas plus de 23 ans à vue d’oeil) fait irruption avec pour seul accompagnateur une DJette qui lui balance une série de beats électroniques saturés de basses. C’est minimaliste, parfois gênant (dur d’occuper l’espace avec un tel physique et si peu d’artifices) mais non sans potentiel. Dommage d’avoir programmé ça cinq heures trop tôt et sur une scène où l’on aurait pu caser 98 Abra.

Abra raccourcie

Abra raccourcie

La seconde attente du jour concernait le rappeur congo-belge Baloji. Auteur du désormais classique Hotel Impala en 2008, le MC arrive sur scène flanqué d’un smoking bleu marine et d’un sombrero noir du meilleur effet. Avec lui, une troupe de musiciens congolais sommés de mettre en musique les rythmiques très africaines du rappeur. Rappeur, où plutôt ce qu’il en reste puisque depuis la parution de Kinshasa Succursale en 2010, Baloji s’est clairement mis à chanter l’Afrique au lieu de la rapper avec vigueur comme il le faisait sur son premier opus. Quitte à choisir, on aurait préféré un peu moins de ci et un peu plus de ça, même si l’ambiance était au rendez-vous et le sourire de l’artiste particulièrement communicatif.

Mister Lemina

Mario Lemina

Une bière, puis un passage devant la scène où se démène KillaSon suffit à constater que celui que le fascicule compare à Lil Wayne et Big Boi est surtout un mix parfait entre Mister V et Mario Lemina. Energique, mais sans intérêt. Allez, cap sur la grande scène pour suivre le show très attendu des Black Angels. Considérés pendant un paquet d’années comme les nouveaux maîtres du rock psyché, les Texans, emmenés par leur barbu de chanteur, déversent une pluie de riffs saturés qui donnent parfois l’impression d’un son dégueulasse alors que non. Leur dernier né Death Song (vous l’avez la réf au Velvet ?) est dévoilé au compte-gouttes pendant une grosse heure jouée tête dans le guidon comme le font 85% des groupes de rock indé. Ni bon, ni mauvais, juste trop classique. Allez, +1 pour les visuels arc-en-ciel.

Alex Maas, The Black Angels

Alex Maas, The Black Angels

Tout ça, c’est bien, mais ça ne vaut pas ce qui justifiait à lui seul l’achat du pass journée, voire du pass 3J : la venue de Metronomy à Saint-Brieuc. Car malgré un album (Summer 08) qui nous est resté en travers de la gorge (quoi que l’on commence à l’apprécier depuis cette soirée), on restait sur cette prestation démente aux Vieilles Charrues 2012. Alors oui, croiser Joseph Mount dans l’enceinte du festival quelques heures avant le concert nous a mis l’eau à la bouche mais surtout, on n’oubliera jamais ce que représente encore aujourd’hui un disque comme The English Riviera dans le paysage pop. Ceci étant dit, les métronomes entrent sur scène sur les rythmiques enlevées de Summer 08 – rapport, justement, à cet été 2008 où tout s’est emballé pour le groupe anglais après la sortie de Nights Out. En bon diesel, Metronomy monte en puissance à mesure que s’égrainent les sucreries de Joseph Mount. Et comme il y a cinq ans, le groupe reproduit cette alchimie qui consiste à mixer à la perfection la fin d’une chanson et le début de la suivante de manière à former un tout incroyablement homogène. J’ai eu beau chercher des défauts à la prestation des Anglais ce soir-là, prendre en considération les réserves de Brice qui les avait vu la veille à Barcelone (l’air absent, pas concernés), je n’y trouvais rien à redire. Metronomy a ce pouvoir de suspendre le temps, de constamment capter l’attention avec une cymbale ou une nappe de synthé. Peut-être est-ce l’air breton qui tonifie la troupe, où le fumet des galettes-saucisses, toujours est-il que j’attendrais encore avant de conjuguer le verbe “décevoir” dans une phrase où Metronomy serait le sujet.

Un rêve bleu

Un rêve bleu

Crédits photos : Morgan Henry et Julie Lechaplais (Cléa Vincent) pour Buggin

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